Il n’y a sans doute qu’à l’Assemblée nationale que l’on peut enchaîner les blocages pendant dix-huit mois… et, par la magie d’un 49.3, décider davantage de dépenses, davantage de taxes, davantage d’impôts, le tout dans un pays déjà champion du monde des prélèvements obligatoires et durablement installé sur le podium de la dette.
Dans n’importe quelle entreprise – petite ou grande –, une telle gestion conduirait à la liquidation. Immédiatement.
Une partie de nos représentants, qui n’aiment guère les riches mais apprécient fort l’argent qu’ils génèrent, gagnerait à se poser les bonnes questions. Comment sortir de l’ornière dans laquelle nous nous enlisons ? Comment recréer de la confiance ? Comment redonner envie d’investir ?
Oui, je suis en colère. Parce que j’aime ce pays. Et parce que je vois, chaque jour, qu’il devient l’un des rares à regarder ses entrepreneurs avec suspicion, leurs réussites avec gêne, leurs ambitions avec méfiance.
Pendant ce temps, l’Italie déroule le tapis rouge. Elle simplifie, elle attire, elle assume. Va-t-on longtemps regarder passer le train ? Comme dirait un ami à l’humour douteux : « L’Italie devant nous, l’eusses-tu cru ? »
On nous taxe. On nous pointe du doigt. On nous stigmatise. On brandit la « taxe Zucman » comme un étendard moral, en oubliant un détail : sans entreprises performantes, pas de budget de fonctionnement pour l’État. Pas de budget pour les assemblées. Pas de budget pour les collectivités.
Nous ne sommes plus très loin du harcèlement fiscal.
Je rencontre des dirigeantes et des dirigeants fatigués. Usés depuis les Gilets jaunes, fragilisés par les crises successives, souvent lourdement endettés. Certains songent à arrêter. Non par manque d’envie, mais par épuisement. Ils se sentent seuls.
Nos institutions semblent atteintes d’une étrange phobie entrepreneuriale. On parle de “partage de l’effort”, mais ce sont les entrepreneurs et les salariés du privé qui règleront l’essentiel de l’addition. Où est l’égalité de traitement entre public et privé ? Pourquoi n’ose-t-on jamais poser la question ?
Voilà plus de trente-six ans que j’entreprends. J’investis, je recrute, je prends des risques, je récompense mes équipes, je soutiens des causes. Je n’aurais jamais imaginé, un jour, devoir presque me justifier d’avoir réussi.
La France perd peu à peu son audace, son attractivité, son aura internationale, et ceux qui nous ont conduits là se réfugient derrière des éléments de langage.
Je lance une alerte simple : la France représente moins de 1 % de la population mondiale. Un nouveau monde avance. Il innove, il investit, il réussit. Souvent sans nous. Parfois sans même penser à nous.
Heureusement, la France a toujours su surprendre quand elle cessait de douter d’elle-même. Encore faut-il qu’elle s’en donne les moyens.
Texte : Jean-Philippe Girard
Photo : Jonas Jacquel
Entrepreneur audacieux et figure du monde économique régional en Bourgogne-Franche-Comté, Jean-Philippe Girard accompagne depuis plus de trente ans les dirigeants dans leurs projets de développement. Observateur attentif de la vie publique, il signe régulièrement dans nos colonnes un billet d’humeur où se mêlent convictions, expérience de terrain et franc-parler.