Six ans après les premières annonces, qu’advient-il des aides à la décarbonation mises en place par l’État ? Dans un rapport publié en mars 2026, la Cour des comptes dresse un état des lieux encore prudent.
Un objectif colossal, difficile à atteindre rapidement
Réduire les émissions de gaz à effet de serre de l’industrie tout en renforçant sa compétitivité : c’est le double objectif des aides à la décarbonation des plans France Relance et France 2030. L’enjeu est de taille : l’industrie manufacturière représente près de 16 % des émissions de gaz à effet de serre en France, concentrées sur un nombre limité de grands sites. C’est donc logiquement les établissements les plus émetteurs que les dispositifs cherchent à cibler. Mais leur participation reste encore insuffisante : certains des sites industriels les plus polluants n’ont tout simplement pas sollicité les aides.
Au total, 3,4 milliards d’euros d’aides ont été programmées entre 2020 et 2024 pour accompagner les entreprises dans la réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre, notamment via l’électrification des procédés, la biomasse ou l’hydrogène. Mais l’évaluation des effets reste encore limitée, les versements étant progressifs et les effets du dispositif se mesurant sur plusieurs années. Fin 2024, moins de 400 millions d’euros avaient été effectivement versés.
Des effets qu’on ne peut encore évaluer
Les premières analyses suggèrent que les aides ont surtout renforcé les investissements dans la décarbonation chez les entreprises déjà engagées dans cette transition.
Du côté des entreprises, les bénéfices attendus sont aussi largement immatériels. Plus de 90 % des bénéficiaires anticipent un effet positif sur l’image et la culture d’entreprise, tandis que seuls 34 % et 24 % s’attendent à des retombées sur le chiffre d’affaires et la productivité.
En somme, les aides à décarbonation constituent un levier utile mais encore partiel pour atteindre les objectifs climatiques de neutralité carbone d’ici 2050.
Et dans la région ? L’exemple de Jimmy Energy
En Bourgogne-Franche-Comté, l’entreprise Jimmy Energy donne une idée de l’impact du plan France 2030. La société, qui développe des micro-réacteurs nucléaires destinés à fournir de la chaleur industrielle décarbonée, vient d’obtenir 80 millions d’euros de financements : 40 millions via une levée de fonds menée notamment par Crédit Mutuel Impact et ADEME Investissement, et 40 millions supplémentaires dans le cadre du programme France 2030. De nouveau lauréate de l’appel à projets “réacteurs nucléaires innovants”, elle avait déjà bénéficié de 32 millions d’euros en 2023.
Créée en 2020, la start-up prépare désormais l’industrialisation de sa technologie avec un ancrage industriel au Creusot, où elle prévoit une plateforme de 12 hectares. L’objectif : proposer aux industriels une alternative compétitive aux énergies fossiles pour la production de chaleur, un poste majeur d’émissions de gaz à effet de serre dans l’industrie.
Texte : Zoé Benoit
Photo : DR