Chaque matin, en nous levant, une question revient presque machinalement : que s’est-il encore passé cette nuit ?
Depuis l’élection de Donald Trump, pas une journée ne s’écoule sans qu’il ne surprenne le monde par une déclaration, une décision ou un coup d’éclat. À tel point que certains pourraient croire assister à une série Netflix : un épisode par jour, rebondissements garantis.
Et le procédé fonctionne. Il occupe les écrans, impose le rythme et capte l’attention.
Sa méthode ? Obtenir la paix par la menace, parfois par la guerre. Gandhi lui répondrait sans doute qu’on ne construit pas la paix en poussant les peuples à l’affrontement. Mais Donald Trump n’écoute guère que lui-même.
Ne nous trompons pas pour autant : il ne se trompe pas sur tout. Il dit parfois tout haut ce que d’autres pensent tout bas. Il veut combattre le terrorisme, et personne ne peut contester cet objectif. Il veut s’opposer à ceux qui tirent sur nos jeunes ou emprisonnent leurs opposants. Là encore, la fermeté est légitime.
Mais vouloir rayonner sur le monde comme un Louis XIV ou un Napoléon devrait aussi inciter à relire l’histoire. Car l’histoire rappelle une chose simple : il existe toujours une guerre de trop.
Pendant ce temps, une partie de nos commentateurs français préfère ironiser sur Emmanuel Macron, pourtant l’un des rares dirigeants à tenter de porter une voix alternative : celle du dialogue, de la paix, du multilatéralisme et de l’avenir européen.
N’oublions pas une réalité simple : la France représente moins de 1 % de la population mondiale. Et pourtant, elle continue d’être écoutée, parfois respectée.
À l’heure où le monde aurait besoin de stabilité, de respiration et de coopération, la “Trump attitude” balaie tout sur son passage. A-t-il raison ? A-t-il tort ? L’histoire tranchera. Mais une chose est certaine : les secousses sont profondes, et les dégâts pourraient être durables.
Les États-Unis restent une grande nation, respectée et admirée. Ils n’ont pas besoin de conflits permanents pour affirmer leur puissance. Les vraies questions sont ailleurs. La menace est-elle réelle ? La guerre est-elle inévitable ? Et surtout : l’alliance entre les démocraties ne devrait-elle pas être renforcée plutôt qu’ébranlée ?
Je dois l’avouer : je suis inquiet. Nous semblons entrer dans une ère de brutalité.
Brutalité climatique.
Brutalité relationnelle.
Brutalité politique.
Brutalité internationale.
Brutalité dans nos débats du quotidien.
Mais cette brutalité ne s’imposera durablement que si nous la laissons s’installer. Car nous avons tous, à notre niveau, une part de responsabilité. En transformant chaque débat en affrontement, en votant par colère, en relayant la haine plutôt que la nuance, en répétant que tout va mal sans jamais regarder ce qui fonctionne, nous nourrissons malgré nous les extrêmes.
Et si nous apprenions à faire les deux en même temps : dire ce qui ne va pas, mais aussi reconnaître ce qui va bien ?
Soyons fiers de notre pays, de nos territoires, de nos savoir-faire. Et surtout, ne laissons personne – fût-il autoproclamé « maître du monde » – dicter notre avenir.
Entrepreneur audacieux et figure du monde économique régional en Bourgogne-Franche-Comté, Jean-Philippe Girard accompagne depuis plus de trente ans les dirigeants dans leurs projets de développement. Observateur attentif de la vie publique, il signe régulièrement dans nos colonnes un billet d’humeur où se mêlent convictions, expérience de terrain et franc-parler.
Photo : Jonas Jacquel.