Difficile de savoir sur quel pied danser, les prix du pétrole fluctuent plus vite que leur ombre. Et les entreprises en payent le prix fort. On fait le point sur les mesures de soutien annoncées par le gouvernement.
Les annonces
Première série de mesures : un soutien à la trésorerie. Les entreprises concernées pourront demander un report de leurs cotisations sociales, sans pénalités, ainsi qu’un étalement de certaines échéances fiscales auprès de l’administration.
En parallèle, l’État mise sur le financement : un « prêt flash carburant », distribué par Bpifrance à partir du 13 avril, permettra aux TPE et PME dont les dépenses de carburant représentent au moins 5 % du chiffre d’affaires d’emprunter entre 5 000 et 50 000 euros, sur 36 mois, à un taux de 3,8 %, avec un an de différé de remboursement. Pour en bénéficier, les entreprises devront être créées depuis plus d’un an, disposer d’un compte bancaire professionnel et fournir une documentation comptable couvrant au moins 12 mois d’activité. Des conditions s’ajoutent sur la plateforme Flash de Bpifrance : les entreprises doivent « ne pas faire l’objet d’une procédure collective » et surtout avoir recours aux services d’un expert-comptable, une condition stricte qui donne à réfléchir. Les petites entreprises et entreprises individuelles, fortement touchées par cette crise, se retrouvent de facto exclues du dispositif.
À ces dispositifs s’ajoutent des aides ciblées par filière. Les transporteurs routiers de marchandises et de voyageurs, ainsi que les pêcheurs, bénéficieront d’une aide exceptionnelle de 20 centimes par litre de carburant pour le mois d’avril. Du côté agricole, l’État prévoit une exonération totale du droit d’accise sur le gazole non routier (GNR) pendant un mois, soit une baisse estimée à environ 4 centimes par litre.
Des mesures jugées peu satisfaisantes
Pour Jean-Marc Rivera, délégué général de l’Organisation des Transporteurs Routiers Européens (OTRE), un prêt ne constitue pas une solution durable : « s’engager dans un emprunt, c’est créer de la dette avec un taux d’intérêt important ». Selon lui, un taux zéro ou très bonifié aurait été plus adapté pour des entreprises déjà fragilisées par la hausse des coûts.
Plusieurs organisations professionnelles jugent également les aides insuffisantes au regard de la hausse des prix. Le président de la FNSEA, Arnaud Rousseau, évoquait récemment sur France Inter une hausse de 50 à 60 centimes par litre et réclamait une prise en charge d’au moins 30 centimes.
Reste aussi la question des finances publiques. Si la hausse du prix des carburants a généré 270 millions d’euros de recettes fiscales supplémentaires en mars, elle a aussi entraîné 430 millions d’euros de dépenses supplémentaires, notamment via les intérêts de la dette et les dispositifs de soutien. Selon le ministre des Comptes publics, les nouvelles aides seront donc financées par des réductions de crédits ailleurs dans le budget.
Et en région ?
Nombreuses dans la région, les petites structures sont particulièrement touchées par les augmentations. L’impact ne se limite pas au budget carburant, mais touche aussi toute la chaîne de production : le prix des matériaux, transportés par la route et dérivés du pétrole, augmente aussi.
Les marchés se font rares, les marges se réduisent, la trésorerie aussi, et les effectifs pourraient suivre : Francis Voellin, président de la Confédération de l’Artisanat et des Petites Entreprises du Bâtiment (CAPEB) en Bourgogne-Franche-Comté, alerte sur le risque d’un cercle vicieux. « Si on se sépare de nos salariés, on ne pourra plus répondre à certains marchés”, a-t-il expliqué au micro de Radio France.
Le récent cessez-le-feu au Moyen-Orient pourrait toutefois modifier la donne. Le comité d’alerte des finances publiques prévoit de nouvelles estimations de l’impact économique de la crise le 21 avril.
Texte : Pauline Bresson
Photo : DR