Simplification. Voilà un mot que j’entends depuis plus de vingt-cinq ans. À force, il est presque devenu un slogan permanent de la vie publique française.
Pourtant, je cherche encore des entrepreneurs – petites structures, PME, ETI, grands groupes, artisans, commerçants, professions libérales – qui me diraient avoir réellement vécu une révolution de la simplification. En connaissez-vous ?
Certes, quelques lignes ont disparu sur les bulletins de salaire. Mais dans le même temps, établir une paie sans risque d’erreur relève parfois du parcours du combattant. Simplifier sur le papier ne signifie pas toujours simplifier dans la réalité.
J’ai souvent eu le sentiment que la simplification française consistait surtout à transférer vers les entreprises des tâches autrefois assumées par l’État : plus de déclarations, plus de procédures, plus de contrôles, mais à nos frais, et rarement avec compensation.
Soyons honnêtes néanmoins : ce nouveau texte va dans le bon sens. Si les mesures annoncées sont réellement appliquées, elles pourraient redonner un peu d’oxygène à certains secteurs, à certaines dirigeantes et certains dirigeants. On y sent d’ailleurs une approche plus concrète du terrain. Prix, délais de paiement, appels d’offres : voilà enfin des sujets qui parlent immédiatement aux entrepreneurs.
Mais soyons tout aussi lucides : cela ne suffira pas à relancer l’économie française, car le problème est désormais plus profond. La dynamique s’est affaiblie. Le doute s’est installé. Les normes s’empilent. Les contraintes s’additionnent. Les taxes persistent. Et même les plus volontaires finissent parfois par hésiter.
Ce qu’il faut aujourd’hui, au-delà des ajustements techniques, c’est un véritable choc de confiance et de relance, à la hauteur des ambitions françaises en Europe et dans le monde.
Saluer cette nouvelle tentative de simplification est donc légitime. Espérer qu’elle produise enfin des effets concrets l’est tout autant. Après tout, si la simplification promise depuis vingt ans devenait enfin la simplification ressentie, ce serait déjà une petite révolution.
Pour ma part, avec plusieurs projets en cours, je peux vous confirmer une chose : entreprendre reste passionnant, mais rarement simple. Je m’engage donc à observer cette nouvelle loi avec attention, et à vous dire dans quelques mois si elle change réellement la vie des entreprises.
Car au fond, toute la question est là : y aura-t-il une différence entre la simplification annoncée et la simplification vécue ? Espérons-le.
Et oublions, pour une fois, ce vieux réflexe français : pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?
Entrepreneur audacieux et figure du monde économique régional en Bourgogne-Franche-Comté, Jean-Philippe Girard accompagne depuis plus de trente ans les dirigeants dans leurs projets de développement. Observateur attentif de la vie publique, il signe régulièrement dans nos colonnes un billet d’humeur où se mêlent convictions, expérience de terrain et franc-parler.
Photo : Jonas Jacquel