C’est la proportion d’agriculteurs qui perçoivent un revenu inférieur au SMIC en Bourgogne-Franche-Comté, selon l’Observatoire de la rémunération agricole. Un chiffre moins élevé que la moyenne nationale (43 %), mais qui n’en est pas moins préoccupant.
Agriculteur, un métier souvent précaire
Ce sont 11 600 agriculteurs qui sont concernés dans la région. Les plus touchés sont les céréaliers (53 %) et les éleveurs bovins viande (50 %), deux productions très présentes en Bourgogne-Franche-Comté.
La situation régionale apparaît un peu moins dégradée que la moyenne nationale. Mais derrière cette moyenne se cache une réalité plus fragile : la précarité se concentre sur certaines exploitations. Plus de la moitié des producteurs de céréales, légumineuses et oléagineux ainsi que des éleveurs bovins viande vivent sous le SMIC. Même lors des années les plus favorables, un agriculteur sur trois reste sous ce seuil, et 14 % des exploitations enregistrent un résultat négatif, c’est-à-dire qu’elles produisent à perte.
Le niveau du SMIC, de plus en plus difficile à atteindre
Et surtout, l’écart se creuse. En Bourgogne-Franche-Comté, il faudrait aujourd’hui 305 millions d’euros par an pour garantir à tous les agriculteurs un revenu équivalent au SMIC, contre 203 millions d’euros en moyenne entre 2015 et 2022. Une évolution qui peut sembler paradoxale, puisque la part d’agriculteurs sous le SMIC dans la région a reculé de 9 points en dix ans.
Mais ceux qui restent sous ce seuil en sont plus éloignés qu’auparavant. Autrement dit, la précarité s’est moins diffusée mais davantage approfondie. Résultat : même avec moins d’exploitants concernés, l’effort financier nécessaire pour atteindre le SMIC augmente.
Augmenter le revenu : revenus annexes, volumes ou prix ?
L’agriculture seule ne suffit pas toujours à faire vivre les exploitations. Selon les données analysées, le revenu agricole ne représente en moyenne que 35 % du revenu disponible des ménages agricoles. Le reste provient d’autres sources : emploi du conjoint, activité complémentaire, pensions ou revenus du patrimoine.
Ces revenus annexes jouent désormais un rôle d’amortisseur économique. Les exploitants pluriactifs affichent ainsi un niveau de vie près de 20 % plus élevé que les agriculteurs monoactifs. De même, lorsqu’un conjoint exerce une activité non agricole, le niveau de vie du ménage est en moyenne supérieur de 14,6 %.
Autre enseignement clé : produire plus ne suffit pas forcément à gagner plus. Sur le long terme, les analyses montrent que le revenu agricole dépend d’abord du prix payé aux producteurs, bien plus que des volumes produits ou des exportations.
Derrière les crises agricoles à répétition, c’est toujours la même question qui revient : celle du partage de la valeur dans la chaîne alimentaire. Et la Bourgogne-Franche-Comté n’échappe pas à ce débat.
Texte : Zoé Benoit
Source : « Nourrir à découvert », Observatoire de la rémunération agricole, Max Havelaar.