C’est une page de l’histoire industrielle bourguignonne qui s’apprête à se tourner. La marque Amora, née à Dijon en 1919 et devenue l’un des symboles les plus puissants de l’agroalimentaire français, doit être rachetée par le groupe américain McCormick & Company d’ici mi-2027, dans le cadre de la cession de la division alimentaire du géant européen Unilever.
L’opération, estimée à 15,7 milliards de dollars, englobe également les marques Maille et Knorr. Unilever conservera toutefois 9,9 % des parts du nouvel ensemble.
Pour la Bourgogne-Franche-Comté, le sujet dépasse largement le simple changement d’actionnaire. Car derrière Amora, c’est tout un pan de l’identité économique et industrielle régionale qui est concerné. Encore aujourd’hui, l’usine de Chevigny-Saint-Sauveur demeure un site stratégique de production.
Une histoire marquée par les rachats successifs
Depuis les années 1970, Amora change régulièrement de mains : consortium bancaire, Générale Occidentale, BSN – futur Danone – puis fonds d’investissement avant le rachat par Unilever en 1999.
À chaque étape, les mêmes interrogations reviennent : maintien des emplois, ancrage territorial, logique industrielle face aux exigences financières internationales.
Ces inquiétudes culminent en 2009 avec la fermeture du site historique dijonnais. Une partie de l’activité est alors transférée à Chevigny-Saint-Sauveur, qui devient la plus grande usine de condiments de France. À l’époque, le groupe investit massivement pour transformer le site : augmentation des capacités de production, nouvelles lignes, développement de la R&D et intégration de plusieurs activités européennes.
Quel avenir pour le site bourguignon ?
Aujourd’hui, l’usine de Chevigny emploie plusieurs centaines de personnes et reste un outil industriel majeur pour la filière condimentaire française. Moutarde, mayonnaise, vinaigrettes, cornichons ou vinaigres y sont produits pour les marchés français et internationaux. Quatre-vingt-dix pays importent aujourd’hui encore la marque.
Mais à ce stade, aucun détail n’a été communiqué concernant la stratégie industrielle de McCormick pour le site bourguignon. Ni sur les effectifs, ni sur les investissements futurs.
Pour les décideurs locaux, l’enjeu est double : préserver un savoir-faire historiquement associé à la Bourgogne, tout en sécurisant un site exportateur à forte valeur ajoutée industrielle.
Car si Amora reste profondément liée à l’image de Dijon dans l’imaginaire collectif, son avenir dépend désormais de décisions prises à plusieurs milliers de kilomètres de la Cité des Ducs.
Texte : Adeline Contrecourt
Photo : DR