Il faut avoir l’honnêteté de le reconnaître : nous avançons, souvent sans réagir, dans un monde de plus en plus individualiste. Un monde où l’égoïsme progresse, pendant que celles et ceux qui nous gouvernent ajoutent parfois une autre couche : l’égo et l’égocentrisme.
Tout devient confrontation, posture, image.
Et si nous avions simplement oublié l’essentiel ?
Sans opposer les concepts, ni les caricaturer, peut-être faudrait-il laisser davantage de place à l’hédonisme, et beaucoup moins aux égos qui divisent les sociétés, les familles, les entreprises et parfois même les nations.
Car l’hédonisme, au fond, ce n’est pas le luxe ou l’excès. C’est le droit au plaisir simple. Le droit de savourer une réussite personnelle, familiale ou professionnelle, de prendre du temps pour soi, pour les autres, pour vivre un peu mieux.
Il n’est pas nécessaire d’être riche pour s’autoriser ces petits bonheurs, et pourtant, en France, la réussite reste souvent regardée avec suspicion. Comme si réussir, gagner de l’argent, investir, consommer ou entreprendre devenait presque une faute morale.
C’est une erreur profonde.
Encourager celles et ceux qui réussissent à investir davantage, à consommer en France, à soutenir l’économie réelle, ce n’est pas appauvrir les autres. Bien au contraire. Une société qui crée de la richesse est aussi une société qui peut mieux la partager.
N’ayons donc pas peur de l’hédonisme. Contrairement à certains virus idéologiques ou sociaux, celui-ci mériterait presque de se propager. Nous ne sommes pas venus sur Terre pour passer notre temps à nous opposer, à nous détester ou à râler du matin au soir. Nous sommes venus pour vivre. Pour aimer. Pour construire une famille. Pour créer. Pour nous épanouir.
Bien sûr, cela suppose aussi de pouvoir vivre dignement de son travail, et beaucoup de Français ont aujourd’hui le sentiment inverse : celui de faire des efforts sans parvenir à avancer. Mais il faudrait aussi avoir le courage de dire que notre modèle s’essouffle lorsque certains abusent du système, détruisent, menacent ou sèment la peur pendant que d’autres travaillent, respectent les règles et portent encore les valeurs du pays.
Dans une démocratie apaisée, l’égo ne devrait jamais devenir un mode de gouvernance.
Or nous avons parfois tordu la démocratie au point de donner le sentiment que tout repose finalement sur quelques-uns.
Rechercher davantage de plaisir simple, de fraternité, de bienveillance, réduire la souffrance inutile pour soi-même comme pour les autres : voilà peut-être ce qui donnerait du sens à nos vies et davantage de place au “vivre ensemble”.
Alors choisissons notre camp.
Hédonisme, égoïsme, égocentrisme ?
Faisons du premier un art de vivre, et des deux autres un combat quotidien.
Entrepreneur audacieux et figure du monde économique régional en Bourgogne-Franche-Comté, Jean-Philippe Girard accompagne depuis plus de trente ans les dirigeants dans leurs projets de développement. Observateur attentif de la vie publique, il signe régulièrement dans nos colonnes un billet d’humeur où se mêlent convictions, expérience de terrain et franc-parler.
Photo : Jonas Jacquel