J’ai créé Eurogerm en 1989.
J’avais 30 ans, pas un sou en poche, mais une envie immense, une détermination totale et une idée un peu folle : faire croustiller le monde entier.
Trente-sept ans plus tard, Eurogerm dépasse les 200 millions d’euros de chiffre d’affaires, compte 14 filiales dans le monde et plus de 800 collaborateurs.
Quand je regarde le contexte actuel, beaucoup me disent : « Tu as cédé au bon moment. »
Je commence parfois à le croire, car entre les tensions internationales, les vents économiques contraires et le capharnaüm politique permanent, l’environnement devient de plus en plus inquiétant pour celles et ceux qui entreprennent.
On me reproche souvent d’être trop optimiste ou trop simple dans mes décisions. Pourtant, cette méthode m’a toujours guidée, et jusqu’à preuve du contraire, elle fonctionne plutôt bien.
À l’inverse, celles et ceux qui expliquent en permanence ce qu’il faudrait faire, sans jamais avoir eux-mêmes créé, recruté ou risqué quoi que ce soit, semblent aujourd’hui plus nombreux que jamais. Les conseilleurs ne sont décidément pas les payeurs.
À travers ce billet d’humeur, je voulais surtout adresser un message de soutien aux dirigeantes, dirigeants et salariés qui, aujourd’hui, travaillent deux fois plus pour simplement tenter de faire aussi bien que l’an dernier.
La réalité est brutale : les dépôts de bilan augmentent, les plans de continuation deviennent plus difficiles, les banques durcissent leurs conditions, les contrôles se multiplient, les normes étouffent peu à peu l’initiative. Pendant ce temps, les impôts de production et les taxes continuent de rogner une part toujours plus importante des résultats.
Les discours, eux, se succèdent, mais les réponses concrètes peinent à arriver. Il devient urgent de retrouver une forme de concorde. Une concorde qui ne consisterait pas seulement à dresser des constats, mais à écouter enfin celles et ceux qui entreprennent, recrutent, investissent et tiennent encore l’économie debout.
Si nous continuons ainsi, le risque est réel : lorsque les caisses seront trop vides, tout le monde découvrira brutalement que rien n’est éternel. Les régimes spéciaux, certains avantages acquis, les niveaux d’indemnisation, les équilibres sociaux… tout sera remis en question. Et cette fois, les Français auront de vraies raisons de s’inquiéter.
Je reste pourtant convaincu d’une chose : il est encore possible d’agir, à condition d’entrer rapidement en conclave. Élus, hauts fonctionnaires, préfets, entrepreneurs, salariés, jeunes actifs et retraités doivent se réunir, non pour débattre sans fin, mais pour redessiner concrètement la France de demain, celle de nos enfants et de nos petits-enfants.
Je suis prêt à y consacrer du temps.
Pourquoi ne pas lancer, au niveau national, de véritables Assises de la Réussite Collective Française ? Et surtout, n’y inviter en priorité que celles et ceux qui avancent, construisent, produisent et agissent.
Les experts, analystes et observateurs auront évidemment leur rôle. Mais dans un second temps. Une fois les décisions prises. Une fois l’action engagée.
Parce qu’au fond :
Décider, c’est agir.
Et gouverner, c’est prévoir.
Entrepreneur audacieux et figure du monde économique régional en Bourgogne-Franche-Comté, Jean-Philippe Girard accompagne depuis plus de trente ans les dirigeants dans leurs projets de développement. Observateur attentif de la vie publique, il signe régulièrement dans nos colonnes un billet d’humeur où se mêlent convictions, expérience de terrain et franc-parler.
Photo : Jonas Jacquel