C’est, en moyenne, le retard de paiement entre entreprises. Près de trois semaines, pendant lesquelles l’argent n’arrive pas et la trésorerie s’amenuise. Ce chiffre, dévoilé par le dernier baromètre ARC-Ifop, n’a rien d’anodin. Avec 18,9 jours de retard en moyenne, il progresse de 1,6 jour en un an.
Un cercle vicieux…
Cette dégradation intervient dans un contexte économique particulièrement incertain. Hausse des coûts de l’énergie, inflation persistante, tensions géopolitiques, manque de visibilité : autant de facteurs qui fragilisent les entreprises.
Or, lorsqu’une entreprise manque de trésorerie, elle cherche des marges de manœuvre là où elle peut. Reporter le paiement d’un fournisseur est souvent plus simple que d’obtenir un crédit ou de réduire brutalement ses charges. Résultat : les délais de paiement deviennent une véritable variable d’ajustement. Huit dirigeants sur dix reconnaissent y avoir recours.
Une solution qui ne fait que renvoyer le problème à d’autres : l’entreprise qui attend son règlement voit, à son tour, sa trésorerie se tendre. Elle retarde alors ses propres paiements, et ainsi de suite. Le serpent se mord la queue.
… qui pèse sur les épaules des plus petites entreprises…
Mais les retards de paiement n’ont pas la même incidence sur toutes les entreprises. Les grandes entreprises disposent d’une marge de négociation dont ne disposent pas les PME et TPE. Un impayé ou quelques semaines de retard suffisent à fragiliser une PME déjà sous pression.
L’inter-dépendance des entreprises se fait alors au détriment des petites entreprises. Ce que fait remarquer Denis Le Bossé, président du Cabinet ARC : “les entreprises se financent les unes sur les autres et ce sont surtout les plus fragiles, les TPE et PME, qui en supportent le coût.”
… mais surtout sur le moral des entrepreneurs
Les chefs d’entreprises ne semblent pas croire à une amélioration rapide. 96 % n’anticipent aucune embellie économique dans les six prochains mois, 72 % redoutent une hausse des défaillances d’entreprises parmi leurs clients, tandis que près de la moitié estime qu’il faudra encore trois à cinq ans pour retrouver une situation financière comparable à celle d’avant les crises successives.
Ils réclament notamment des mesures plus fermes contre les mauvais payeurs. Une large majorité des interrogés se prononce en faveur d’une notation des comportements de paiement, et de sanctions davantage proportionnées à la taille des entreprises qui ne respectent pas les délais légaux. C’est notamment tout l’objet de la proposition de loi d’Olivier Rietmann : permettre d’aller au-delà du plafond d’amende (2 millions d’euros), lorsque que 1% du chiffre d’affaires mondial de l’entreprise contrevenante dépasse ce montant.
Derrière cet allongement des délais de paiement, ce n’est donc pas une simple question de ponctualité qui transparaît. C’est le symptôme d’une économie sous tension, où les entreprises se financent, malgré elles, les unes sur les autres. Et où un simple retard de paiement peut, de proche en proche, devenir le premier maillon d’une chaîne de difficultés.
Texte : Zoé Benoit
Source : Baromètre ARC-IFOP 2026, juin 2026.