Après avoir posé les bases d’une filière française de charbon actif végétal, le groupe Bordet veut désormais changer d’échelle. À Leuglay, l’entreprise travaille avec Suez et le CNRS sur le projet CARB’EAU, tandis que son pilote industriel de Decize prépare une production à plus grande échelle.
De l’innovation à l’industrialisation
On vous en parlait en début d’année, le projet CARB’EAU franchit une nouvelle étape : l’objectif n’est plus seulement de démontrer qu’un charbon actif végétal « made in France » peut fonctionner, mais de préparer son utilisation à grande échelle dans le traitement de l’eau. Potabilisation, assainissement, micropolluants, PFAS ou encore effluents industriels : les besoins sont nombreux, alors que les approvisionnements reposent aujourd’hui largement sur des produits importés.
Une dépendance que Bordet veut réduire en développant une alternative locale, à partir de résidus de scierie ou de bois de trituration, sans abattage d’arbres dédié. À la différence du charbon minéral, issu de ressources fossiles, ce charbon végétal est issu de matières regénérables.

L’usine Bordet à Leuglay, en Côte-d’Or.
« La souveraineté industrielle ne se décrète pas. Elle se construit avec des sites, des procédés, des volumes, des partenaires et des preuves. »
Cyril Flores, président du Groupe Bordet
Et pour passer du laboratoire à l’usine, le groupe mise sur PyroBiOil 4.0, son pilote industriel installé à Decize, dans la Nièvre. La première ligne vise une capacité de 15 000 tonnes de carbone végétal par an, complétées par des biohuiles. Une initiative en cours, soutenue à hauteur de 14,1 millions d’euros par France 2030, et désormais classée parmi les 150 projets stratégiques de l’État pour accélérer la réindustrialisation.
Construire toute une filière
Le changement de trajectoire est engagé depuis près de dix ans, quand le groupe est passé de la combustion à la production de charbon actif végétal. Bordet ne se contente plus de produire du charbon : le groupe travaille sur un matériau capable de filtrer les micropolluants, PFAS, pesticides ou résidus médicamenteux présents dans l’eau.
Car le groupe ne cherche pas seulement à produire du charbon actif, mais souhaite structurer une véritable filière, de la production du carbone végétal jusqu’à son activation, sa régénération et sa valorisation en fin de vie. Une logique circulaire qui doit aussi permettre de pérenniser les approvisionnements et de réduire la dépendance aux importations.
« Réindustrialiser le charbon actif en Europe, à partir d’une ressource biosourcée locale, c’est sécuriser un maillon essentiel de la chaîne de traitement de l’eau. »
Cyril Flores, président du Groupe Bordet

Après le charbon végétal et les biohuiles, le groupe ajoute donc une nouvelle brique à son projet industriel : faire du traitement de l’eau un nouveau débouché pour une production locale et biosourcée. Prochaine étape : réunir collectivités, industriels, opérateurs de l’eau et investisseurs pour accompagner le changement d’échelle.
Texte : Zoé Benoit
Photo : Groupe Bordet