On parle de souveraineté énergétique, industrielle ou alimentaire. Mais à l’heure où l’IA s’installe dans les entreprises, une autre question monte : qui maîtrise les données sur lesquelles elle repose ? C’est l’une des questions soulevées par le CESER de Bourgogne-Franche-Comté dans son dernier rapport “IA et données : maîtriser les transformations, préserver les équilibres”.
Un enjeu de souveraineté
Hébergement des données, clauses contractuelles qui lient les entreprises à leurs fournisseurs ou encore possibilité de changer de solution sans perdre leurs données, il devient crucial de s’interroger sur les dépendances entraînées par le recours à l’IA. Car à mesure que les entreprises s’appuient sur des solutions développées hors d’Europe, elles deviennent aussi dépendantes de leurs infrastructures, de leurs modèles économiques et de leurs règles de fonctionnement.
Face à ces enjeux, le CESER milite pour une mutualisation des ressources : développement de communs numériques, recours à des infrastructures européennes lorsqu’elles existent et coordination des acteurs régionaux.
Les PME risquent-elles de décrocher ?
Le CESER BFC met aussi en garde contre un risque de fracture. Les grandes entreprises disposent déjà de ressources pour expérimenter l’IA. Les PME, elles, pourraient rester à l’écart faute de temps, de compétences ou de moyens. D’où l’appel à un accompagnement spécifique des petites structures afin que la transformation numérique ne se traduise pas par une nouvelle inégalité économique.
Le rapport préconise notamment de renforcer l’acculturation des dirigeants et de développer des formations adaptées aux TPE-PME. Il faudra également miser sur le collectif, par le biais des réseaux d’accompagnement régionaux (AER, French Tech, chambres consulaires, établissements d’enseignement…), et en favorisant des expérimentations collectives pour permettre aux plus petites structures de tester ces technologies sans avoir à supporter seules les coûts et les risques.
En somme, le rapport du CESER BFC rappelle qu’un projet d’IA ne peut pas être évalué uniquement à l’aune des gains de productivité. Impact environnemental, cybersécurité, gouvernance des données, dialogue avec les salariés ou encore maintien d’une décision humaine sont autant de critères appelés à peser dans les décisions des entreprises.
Un rappel que produire local, garder la main et préserver son indépendance ne sont pas des questions réservées aux matériaux mais se posent aussi pour les données et les infrastructures qui les font circuler.
Texte : Pauline Bresson
Photo : DR
Source : “IA et donnée : maîtriser les transformations, préserver les équilibres », Conseil économique, social et environnemental de Bourgogne-Franche-Comté, juin 2026.