« En montagne, dévisser, c’est grave. Très grave. Et j’ai parfois le sentiment que notre pays s’en approche dangereusement.
Les crises se succèdent et les réponses ne semblent pas à la hauteur. Pour des raisons tactiques et politiques, on n’ose pas toujours dire aux Français la vérité. Ce serait impopulaire ! Mais à force de repousser les décisions difficiles, la situation continue de se dégrader.
La dette publique dépasse désormais 3 500 milliards d’euros et représentait 117,5 % du PIB au premier trimestre 2026. Les acteurs internationaux regardent et attendent pour racheter nos entreprises à bas prix. Je ne blague pas ! Les fonds rapaces vont se régaler.
Nous ne tiendrons pas un an dans cette situation. Prenons simplement les retraites. Dès que l’on parle de travailler plus longtemps, tout le monde se fâche alors que l’on tient là une partie de la solution.
La question du financement de notre modèle et de son équilibre entre les générations est incontournable. Plutôt que d’opposer public et privé, jeunes et moins jeunes, ne devrions-nous pas accepter de regarder la réalité ensemble et travailler sur un modèle plus équilibré ?
Les retraites des fonctionnaires nous coûtent plus de 60 milliards d’euros alors que celles du privées sont presque à l’équilibre : ne devrait-on pas repartir sur la base de ce qui fonctionne, pour l’appliquer à ce qui déraille ?
Nous savons qu’il faut agir et nous ne le faisons pas suffisamment.
C’est cela qui me met en colère.
La France me fait parfois penser à Kodak, resté trop longtemps attaché à l’argentique alors que l’avenir devenait numérique. La France représente moins de 1 % de la population mondiale et nous voulons préserver un modèle social auquel nous sommes, à juste titre, profondément attachés. Mais pour le conserver, encore faut-il être capables de le financer.
En 2025, les dépenses publiques ont représenté 57,3 % du PIB, contre 52,2 % pour les recettes. Le déficit s’est élevé à 5,1 % du PIB. Une entreprise confrontée durablement à un tel déséquilibre serait obligée de réagir. Pourquoi acceptons-nous si difficilement de poser la même question pour notre pays ?
Qu’il n’y ait pas de malentendu. Je souhaite la réussite et l’épanouissement pour tous. Je souhaite préserver notre système social et nos acquis. Mais cela suppose aussi une contrepartie : travailler, participer à l’effort collectif et contribuer, chacun à son niveau, à la réussite de la France.
Combien de temps consacrons-nous chaque mois au bien de notre pays ? Combien sommes-nous prêts à donner pour préserver ce que nous avons construit ?
Comme je l’ai écrit à notre Président, je suis prêt à payer davantage, mais à une condition : que l’effort soit réellement partagé entre privé et public, entre jeunes et moins jeunes, et que le travail paie réellement davantage que l’inactivité.
Nous pouvons encore éviter de dévisser. Mais pour cela, il faudra arrêter de se rapprocher du précipice et construire une cordée solide.
Seul, on avance plus vite. Ensemble, on va plus loin. »
Entrepreneur audacieux et figure du monde économique régional en Bourgogne-Franche-Comté, Jean-Philippe Girard accompagne depuis plus de trente ans les dirigeants dans leurs projets de développement. Observateur attentif de la vie publique, il signe régulièrement dans nos colonnes un billet d’humeur où se mêlent convictions, expérience de terrain et franc-parler.
Photo : Jonas Jacquel
Contributeur : Jean-Philippe Girard