Antoine Fiévret, président du conseil d’administration du groupe Bel. Photo : Xavier Ducordeaux
Pour le centenaire de son usine à Lons-le-Saunier, Bel ne se contente pas de bougies. Le groupe travaille sur une technologie inédite dans l’agroalimentaire : un jumeau numérique de sa célèbre portion de La Vache qui rit. Un projet qui illustre la place croissante de la donnée dans les procédés agroalimentaires.
Le 6 octobre dernier, Antoine Fiévet, président du conseil d’administration du groupe, de Cécile Béliot, directrice générale, et de Jérôme Durain, président de la Région Bourgogne-Franche-Comté étaient réunis pour saluer les racines jurassiennes du groupe Bel. C’est bien dans le Jura, à Orgelet, que tout commence en 1865, quand Jules Bel fonde la société fromagère. Mais il faudra attendre quelques décennies avant le déplacement à Lons-le-Saunier, et l’installation de l’usine, en 1926. Si La Vache qui rit a su conquérir le marché mondial, c’est aussi car son usine a su allier traditions et modernité.
Le goût se modélise
Un jumeau numérique, comme son nom l’indique, c’est la réplique virtuelle d’un produit, avec toutes ses propriétés, y compris sensorielles. Avec Dassault Systèmes, Bel est parvenu à intégrer le goût et la texture du fromage, une première dans l’agro-alimentaire.
L’objectif est de réduire le nombre d’essais nécessaires au développement de nouvelles recettes. Car l’usine ne chôme pas, elle travaille actuellement sur 180 recettes de La Vache qui rit, avec des adaptations selon les marchés. Au Vietnam, par exemple, le fromage doit être plus ferme et moins fondant.
Lors d’une démonstration, le groupe Bel a montré comment un premier tri numérique pouvait ramener de six à deux le nombre de recettes à tester physiquement pour obtenir la texture recherchée. De quoi raccourcir un développement qui peut aujourd’hui prendre jusqu’à dix ans entre l’idée et la mise en rayon.
Un site centenaire, mais surtout « un terrain d’expérimentation »
Construite en 1926, l’usine jurassienne s’est imposée comme le centre mondial d’expertise de Bel pour le fromage fondu. Aujourd’hui 370 salariés œuvrent à façonner chaque année près des milliards de portions de La Vache qui rit. Les deux tiers sont exportés à l’étranger. « La Vache qui rit nous fait sourire, mais en même temps elle nous fait rayonner. C’est une ambassadrice née pour la Bourgogne-Franche-Comté », s’est réjoui Jérôme Durain.
Le groupe a investi plus de 10 millions d’euros ces dernières années pour moderniser le site, qui développe également des productions bio et 100 % végétales. Autre chantier : la transition énergétique, avec une nouvelle station de traitement des eaux. Une chaudière biomasse inaugurée pour le centenaire devrait quant à elle permettre notamment de réduire de 95 % la consommation de gaz nécessaire à la production de vapeur.
Entre simulation numérique, évolution des gammes et modernisation énergétique, le site de Lons-le-Saunier confirme son dynamisme.
Texte : Pauline Bresson
Photo : Xavier Ducordeaux