Depuis plusieurs années, elle règne sans partage sur les créations d’entreprises : la micro-entreprise. Face à elle, l’entreprise individuelle « classique » décroche nettement. Entre 2020 et 2025, les courbes s’éloignent, jusqu’à dessiner une véritable inversion de modèle.
Les créations d’entreprises, toujours en hausse
En 2025, la France enregistre un nouveau record avec 1 165 800 créations d’entreprises. Après un palier entre 2021 et 2023, la dynamique est repartie à la hausse en 2024 (+6 %) et se confirme en 2025 (+5 %).
Les micro-entreprises poursuivent leur montée en puissance et représentent désormais 65 % des créations en 2025, contre 48 % en 2015. Les sociétés suivent une trajectoire plus stable : 27 000 ont été créées en janvier 2026, contre 19 500 en janvier 2020, et leur part demeure proche d’un quart de l’ensemble des créations. À l’inverse, les entreprises individuelles classiques reculent nettement, passant de 14 % des créations en 2020 à seulement 9 % en 2025. La baisse est nette et semble confirmer un véritable effet de transfert au profit de la micro-entreprise.
Un basculement massif, qui traduit l’attrait pour un régime perçu comme simple, rapide et peu risqué pour démarrer une activité. Le régime du micro-entrepreneur, en place depuis 2009, a largement alimenté la dynamique entrepreneuriale de la dernière décennie.
Le hic : ce que cache l’hégémonie des micro-entreprises
Derrière ce succès, le tableau est plus contrasté. Si la micro-entreprise facilite l’entrée dans l’entrepreneuriat, elle correspond le plus souvent à des projets de petite taille, portés par une seule personne, rarement employeurs et à la pérennité plus fragile que celle des entreprises classiques.
Ce modèle alimente une forme d’auto-emploi, parfois choisi, parfois contraint, où la frontière entre indépendance et précarité devient floue. La simplification des statuts masque une réalité économique plus fragile : faibles revenus, peu de structuration, capacité limitée à créer de l’emploi ou de la valeur sur le long terme.
Le dynamisme entrepreneurial affiché par les chiffres mérite donc d’être nuancé. La micro-entreprise joue pleinement son rôle de porte d’entrée vers l’entrepreneuriat, mais son hégémonie interroge sur la qualité, la solidité et les perspectives de croissance du tissu entrepreneurial qui se dessine.
Texte : Pauline Bresson
Source : Insee, 2026.