L’évolution des montants des redressements menés par l’Urssaf est révélatrice : le travail dissimulé est dans le viseur de la lutte contre la fraude fiscale.
Les chiffres 2025 de l’Urssaf, sortis le 20 février 2026, traduisent une implication grandissante dans la lutte contre le travail dissimulé. 38 108 actions ont été engagées, dont 7 665 contrôles ciblés, en hausse de 13 % sur un an. Surtout, 84,5 % de ces contrôles ont débouché sur un redressement. Autrement dit, lorsqu’une entreprise est ciblée, la probabilité d’un ajustement financier est désormais très élevée.
Le montant total des redressements dépasse 1,5 milliard d’euros. Plus d’un milliard correspond à des cotisations non déclarées, mais 462 millions relèvent de sanctions et de remises en cause d’exonérations. Pour une PME ou une TPE, ces pénalités peuvent fragiliser durablement la trésorerie, voire remettre en cause un équilibre financier déjà tendu.
Le BTP, les services aux entreprises et le commerce figurent parmi les secteurs les plus exposés. Les situations concernées vont de la dissimulation d’heures travaillées au recours abusif au statut d’indépendant, en passant par la sous-déclaration de chiffre d’affaires. Le nombre de fraudes constatées a progressé de 25 % en deux ans, porté par un ciblage renforcé et l’utilisation accrue des outils de datamining.
Les auto-entrepreneurs sont également dans le viseur. Le « guichet de régularisation » croise désormais les données déclarées à l’Urssaf, à l’administration fiscale et aux plateformes. Depuis 2023, 129 millions d’euros ont été récupérés grâce à ces vérifications, avec un objectif de 200 millions d’ici 2027.
L’Urssaf vise 5,5 milliards d’euros de redressements sur la période 2023-2027 ; 4,3 milliards ont déjà été atteints. En parallèle, près de 150 millions d’euros ont effectivement été recouvrés en 2025, malgré des fraudes souvent organisées autour d’entreprises éphémères ou insolvables. De nouveaux outils juridiques viennent renforcer cette capacité d’action.
La conformité sociale est un enjeu stratégique. Au-delà du risque financier immédiat, un redressement peut affecter la crédibilité, la relation bancaire et l’accès aux dispositifs d’aide. Sécuriser ses pratiques déclaratives n’est pas qu’une précaution administrative mais une condition de pérennité.
Texte : Pauline Bresson
Source : Dossier de presse : Bilan 2025 de la lutte contre la fraude, février 2026, Urssaf.