« Je l’ai toujours dit à mes équipes : une entreprise est fragile. Il faut en prendre soin chaque jour. Il ne faut jamais faire semblant, ni confondre résultats d’équipe, résultats sportifs et résultats financiers. Les trois sont importants, mais ils ne racontent pas la même histoire.
Peu de personnes mesurent aujourd’hui les dégâts qu’a laissés la période Covid dans certains secteurs. Le bio et le vélo en sont deux exemples frappants. À l’époque, tout le monde voulait mieux manger, mieux vivre, quitter les centres-villes, privilégier les mobilités douces. Beaucoup y voyaient un changement durable de société.
Puis sont arrivés l’inflation, la baisse du pouvoir d’achat, les crises à répétition, les tensions internationales, les brutalités climatiques et une succession de décisions politiques qui ont entretenu l’incertitude. Résultat : les habitudes ont changé une nouvelle fois. Et parfois en moins bien.
Dans ce contexte, le Groupe Lapierre traverse une période particulièrement difficile.
Pourtant, nous parlons d’un véritable fleuron régional. Une marque mythique, un savoir-faire reconnu, un ancrage historique sur notre territoire et des équipes qui n’ont jamais cessé de croire en leur entreprise.
Je me permets une réflexion. Les fonds d’investissement qui se sont succédé au capital n’ont pas réussi à écrire le nouveau chapitre qu’ils promettaient. Cela arrive. L’entreprise n’est pas une science exacte. Mais lorsqu’un projet échoue, il me semble normal que ceux qui ont pris les décisions assument aussi les conséquences financières. Les salariés, eux, n’ont pas à porter seuls le poids des erreurs stratégiques.
J’ai participé à plusieurs redressements d’entreprise au cours de ma vie professionnelle. À chaque fois, les mêmes ingrédients étaient indispensables : de la lucidité, de la solidarité, beaucoup de travail et une détermination sans faille.
Le dirigeant actuel possède ces qualités. Il a hérité d’une situation extrêmement complexe. On ne peut pas lui demander de réparer, en quelques mois, ce qui s’est détérioré pendant des années. Il mérite d’être jugé sur les décisions qu’il prend aujourd’hui, pas sur celles qu’il subit.
Je sais également que les services de l’État, la Préfecture et Dijon Métropole sont pleinement mobilisés. C’est une bonne chose et il faut le reconnaître. Le véritable défi est désormais de trouver les moyens financiers permettant d’assurer un rebond durable.
Pour ma part, je suis prêt à consacrer un peu de mon temps, et même un peu de mon argent, si cela peut contribuer à préserver cette entreprise.
Parce que je crois en Lapierre.
Parce que je crois en ses équipes.
Et parce que je reste convaincu que la Bourgogne ne peut pas se permettre de perdre l’un de ses plus beaux champions industriels. »
Entrepreneur audacieux et figure du monde économique régional en Bourgogne-Franche-Comté, Jean-Philippe Girard accompagne depuis plus de trente ans les dirigeants dans leurs projets de développement. Observateur attentif de la vie publique, il signe régulièrement dans nos colonnes un billet d’humeur où se mêlent convictions, expérience de terrain et franc-parler.
Photo : Jonas Jacquel
Contributeur : Jean-Philippe Girard