On finance à tour de bras l’intelligence artificielle, les robots humanoïdes, la conquête spatiale. Très bien. Il faut regarder loin, investir, anticiper. Pourtant, dans le même temps, nous délaissons trop souvent ce qui fait déjà la force de notre pays : l’Excellence Agricole (EA) et les Savoir-faire Français à l’International (SFI).
D’un côté, l’intelligence des algorithmes.
De l’autre, l’intelligence de la main, du geste, de la matière.
Faut-il les opposer ?
Ou au contraire les associer ?
Je suis convaincu d’une chose : à moyen terme, les uns auront besoin des autres.
Car derrière ces sigles, il y a une réalité très concrète : des agriculteurs, des artisans, des PME, des chefs, des Meilleurs Ouvriers de France, des compagnons… Celles et ceux qui portent à bout de bras l’excellence de nos produits, de nos territoires, de notre image.
À vous tous, respect.
Votre engagement, votre créativité, votre exigence font la fierté de ce pays.
Et pourtant, le contraste est frappant.
Nous sommes capables d’investir des millions dans la deep tech, parfois sans garantie ; mais pour 50 000 euros, un artisan ou une PME devront souvent fournir cautions, garanties, assurances, hypothèques. Pourquoi ? Parce qu’il n’y a pas d’IA ?
J’ai eu l’occasion de présider le Comité stratégique de l’agroalimentaire français, et je peux vous assurer d’une chose : le potentiel est immense. Nous sommes petits sur un marché mondial gigantesque, mais nous sommes attendus. Désirés. Reconnaissables.
Avec des initiatives comme les Ferments du Futur ou les Protéines du Futur, nous touchons à des secteurs hautement stratégiques. Quand on parle de ferments, on parle de vins, de spiritueux, de fromages, de produits laitiers, de céréales, de pain. Des savoir-faire uniques, qui génèrent à eux seuls plus de 10 milliards d’euros d’excédent commercial, dans un pays qui accuse par ailleurs un lourd déficit.
Quand on parle de protéines du futur, on évoque des groupes français leaders mondiaux, parfois discrets, mais essentiels pour notre souveraineté alimentaire et notre avenir.
Alors oui, bien sûr, misons sur l’intelligence artificielle. Mais sans jamais délaisser l’excellence agricole et nos savoir-faire. Et si notre ambition était d’aller plus loin ? De devenir une puissance de l’IEA : l’Intelligence et l’Excellence Agroalimentaire. Une alliance entre technologie et tradition, entre innovation et transmission, entre futur et racines.
Voilà un défi à la hauteur de ce pays.
À une condition : que l’IA reste au service de l’humain, et non l’inverse.
Et peut-être qu’au fond, cela sera une belle manière de relancer l’audace à la française.
Entrepreneur audacieux et figure du monde économique régional en Bourgogne-Franche-Comté, Jean-Philippe Girard accompagne depuis plus de trente ans les dirigeants dans leurs projets de développement. Observateur attentif de la vie publique, il signe régulièrement dans nos colonnes un billet d’humeur où se mêlent convictions, expérience de terrain et franc-parler.
Photo : Jonas Jacquel