Faire croire à nos jeunes (et aux moins jeunes) qu’ils pourraient travailler moins et gagner plus relève, au mieux, de l’illusion. Au pire, de l’irresponsabilité.
Pendant que la France s’installe dans ce récit confortable, d’autres pays, tout proches, font exactement l’inverse. Ils travaillent davantage, s’adaptent plus vite, traversent mieux les crises. Et, contrairement à certaines idées reçues, leurs habitants semblent souvent plus épanouis.
Chez nous, le constat est plus contrasté.
Nous travaillons moins, sans aller forcément mieux.
J’aimerais croire à un sursaut de lucidité, mais à l’approche des échéances présidentielles, il est plus probable que l’on continue à promettre ce que chacun veut entendre. Qui osera dire la vérité ? Elle est claire : pour redresser durablement le pays, il faudra sans doute travailler davantage et accepter de contribuer davantage.
Si encore cela nous rendait plus heureux. Mais les arrêts de travail se multiplient, les burn-out et les dépressions progressent. La question mérite d’être posée : où est passé le sens du travail ?
Cherchons-nous les coupables au bon endroit ? Qui sont-ils ?
Les 35 heures ? Les retraites ? Les RTT ? Les syndicats ? Le modèle social ?
Ou avons-nous simplement, collectivement, changé de regard sur le travail ?
Il n’est plus toujours perçu comme un levier d’émancipation, de réalisation personnelle, de construction d’une vie familiale stable. Il est trop souvent relégué au rang de contrainte. Et pourtant, l’épanouissement professionnel reste l’un des piliers de l’équilibre personnel : j’en suis convaincu.
Les jeunes générations ne fuient pas le travail. Elles cherchent du sens, bien sûr, mais elles attendent aussi de la reconnaissance, de la considération, et une juste rémunération. À nous, dirigeants, de répondre à cette attente : plus de reconnaissance, oui, mais en face de l’engagement réel, des efforts concrets et des résultats mesurables.
Nous avons tous été jeunes. Nous savons ce qui fait avancer : la progression, la reconnaissance, la rémunération. Cela n’a pas changé. Travailler plus pour gagner plus, aussi bien en revenus, en respect et en confiance, reste une équation simple.
Bien sûr, certains feront le choix de travailler moins. C’est légitime. Mais cela suppose d’en accepter les conséquences, notamment en termes de revenus. Car au fond, une évidence demeure : on ne construit rien durablement sans effort.
On peut débattre des modèles, des équilibres, des organisations. Mais je ne connais personne qui ait réussi honnêtement sans travail, sans engagement, sans persévérance, sans cogiter la nuit ou sans écourter ses vacances.
Il n’y a bien que dans le dictionnaire que le mot « salaire » arrive avant le mot « travail ». Dans la réalité, c’est l’inverse.
Tout travail mérite salaire.
Mais tout salaire mérite travail.
Entrepreneur audacieux et figure du monde économique régional en Bourgogne-Franche-Comté, Jean-Philippe Girard accompagne depuis plus de trente ans les dirigeants dans leurs projets de développement. Observateur attentif de la vie publique, il signe régulièrement dans nos colonnes un billet d’humeur où se mêlent convictions, expérience de terrain et franc-parler.
Photo : Jonas Jacquel.