1800. C’est, paraît-il, le nombre de contribuables fortunés identifiés par Bercy dont il faudrait désormais “s’occuper”.
1800 personnes.
1800 dirigeants et dirigeantes, entrepreneurs, familles, déjà fortement imposés et qui payent leur dû à la société, qui ont pourtant fait le choix de rester en France alors que beaucoup d’autres (oui, beaucoup !) ont déjà quitté le pays pour des horizons fiscaux plus accueillants.
Et pour remercier ceux qui sont restés, que fait-on ?
L’État et une majorité de l’Assemblée nationale semblent avoir trouvé la réponse : les frapper davantage, fiscalement et symboliquement, en les désignant à la vindicte publique.
Invraisemblable.
Plutôt que de les inciter à continuer d’investir, de recruter, de consommer, de soutenir des filières entières, de faire rayonner la France, on choisit de les affaiblir à coups de prélèvements supplémentaires.
La coupe est pleine.
Et je ne parle pas de celle des ors de la République.
Car derrière l’affichage politique, il y a des conséquences bien réelles : moins d’investissement, moins d’emplois, moins d’attractivité, moins de rayonnement.
Quand Milan dit « Benvenuto », Paris semble parfois répondre « Coupable ».
Coupable d’avoir réussi.
Coupable de gagner de l’argent.
Coupable d’acheter une montre, un bijou, une voiture, du vin.
Sauf que ce qu’on oublie, c’est que ces achats soutiennent l’artisanat, la création, le luxe, les métiers d’excellence, et autant de filières françaises reconnues et qui emploient des Françaises et des Français qualifiés et brillants.
Coupable, en somme, de faire vivre tout un écosystème.
Je suis atterré, oui. Parce qu’il faut une étonnante méconnaissance du fonctionnement économique pour accumuler autant de maladresses en si peu de temps. Comme je l’ai déjà écrit : vouloir combler nos déséquilibres budgétaires de cette manière, c’est vouloir remplir un puits sans fond avec une petite cuillère.
D’autant que le rendement attendu risque d’être très loin du compte, car pendant que certains voteront ces mesures, des fiscalistes, avocats et conseils patrimoniaux du monde entier préparent déjà la suite pour celles et ceux qui voudront prendre le large : organiser les départs, optimiser les situations, déplacer les centres d’intérêt. Les 1800 risquent alors de fondre comme neige au soleil, parce qu’on les aura pointés du doigt.
Et que restera-t-il ?
Probablement pas un euro de pouvoir d’achat supplémentaire pour ceux qui en ont réellement besoin.
Le populisme fiscal procure parfois un effet d’annonce, mais rarement des résultats durables.
Alors posons calmement la question : était-ce utile ?
Entrepreneur audacieux et figure du monde économique régional en Bourgogne-Franche-Comté, Jean-Philippe Girard accompagne depuis plus de trente ans les dirigeants dans leurs projets de développement. Observateur attentif de la vie publique, il signe régulièrement dans nos colonnes un billet d’humeur où se mêlent convictions, expérience de terrain et franc-parler.
Photo : Jonas Jacquel