La généralisation de l’IA bouscule le marché du travail, encore plus pour ceux qui y font leur entrée. En quatre ans, les embauches ont fortement reculé chez les vingtenaires, en particulier pour les métiers les plus touchés où l’on recense près de 30 % d’embauches en moins.
Les métiers les plus exposés
L’IA générative s’attaque d’abord aux tâches qui consistent à produire, traiter ou mettre en forme de l’information. Les métiers ont été répartis en cinq groupes, du moins au plus exposés à l’IA. En haut du classement : les traducteurs, les journalistes, les chargés d’études économiques et financières ou encore les techniciens d’opérations bancaires. Le phénomène dépasse le seul secteur numérique : hors développeurs, l’écart de recul des embauches entre métiers très exposés et peu exposés atteint encore 17 points. Restent relativement épargnés par l’IA les métiers reposant sur la présence physique et les interactions humaines : soignants, ouvriers qualifiés…
Avant novembre 2022, date où ChatGPT devient accessible au public, ces groupes de métiers suivaient des trajectoires proches : l’effondrement des embauches en 2020 les avaient touchés de la même manière, mais depuis l’arrivée de l’IA générative, les courbes s’éloignent. Un écart qui laisse présager une influence de l’IA différente selon les secteurs, mais qui est également lié au resserrement monétaire, au ralentissement du secteur technologique après le Covid ainsi qu’aux évolutions liées au télétravail, qui ont aussi pu peser sur les recrutements.
Le marché du travail se fige plutôt qu’il ne s’effondre
Le phénomène est plus discret qu’une vague de licenciements, ce sont d’abord les embauches qui constituent la première variable d’ajustement des entreprises, et donc le premier signal d’alerte.
Nouveaux entrants sur le marché du travail, les jeunes sont les premiers à pâtir de ce ralentissement. L’écart de recrutement entre métiers très exposés et peu exposés dépasse 20 points chez les 21-29 ans, mais tombe à moins de 4 points après 50 ans.
L’étude LIFT l’explique ainsi : “les jeunes travailleurs effectuent davantage de tâches répétitives, codifiables, que les modèles de langage accomplissent de façon satisfaisante, et ils n’ont pas encore accumulé l’expérience qui rend un salarié difficilement remplaçable.”
La relève est-elle assurée ?
Moins de nouvelles recrues, moins de mouvements, la rotation des effectifs ralentit et remet en cause la transmission des compétences, et à terme la qualification des travailleurs. Cette fermeture progressive des portes d’entrée pourrait avoir un coût moins visible que les suppressions de postes : celui de l’apprentissage.
Les missions confiées aux débutants sont aussi des occasions de se former par la pratique, d’acquérir des réflexes et de monter en compétence. Si l’IA automatise une partie de ces tâches et que les entreprises recrutent moins de juniors, comment formeront-elles les experts et managers de demain ?
« Si l’IA prend en charge les tâches par lesquelles les débutants apprenaient leur métier, les entreprises économisent à court terme, mais l’accumulation d’expérience en pâtit », résume l’étude LIFT.
La question demeure donc : comment éviter que le gain de productivité d’aujourd’hui permis par l’IA ne fragilise les compétences de demain ?
Texte : Zoé Benoit
Sources : Bergeaud, A., Bertheau, A., Bunel, S., Degos, O. et Palladino, M. (2026), « IA générative : un gel des embauches de jeunes dans les métiers exposés », LIFT Policy Paper 2026-02, HEC Paris.
“IA générative : les premiers changements du marché du travail sur les jeunes”, Billet de Blog n°463, Banque de France, 8 octobre 2026.