Créer son entreprise n’a jamais été aussi simple, ni aussi fréquent. Fin 2022, la Bourgogne-Franche-Comté comptait 60 700 micro-entreprises économiquement actives, soit 23 000 de plus qu’en quatre ans. Mais derrière cette progression spectaculaire se cache une réalité plus nuancée : la micro-entreprise n’est plus synonyme d’indépendance.
Entrepreneur et salarié
La dernière étude de l’Insee révèle que près d’un micro-entrepreneur sur deux cumule son activité avec un emploi salarié. Pour beaucoup, la micro-entreprise est un complément de revenus, un moyen de tester un projet ou de préparer une reconversion, plutôt qu’un véritable statut professionnel à temps plein.
Ce constat se retrouve dans les revenus : les micro-entrepreneurs de la région dégagent en moyenne 590 € bruts par mois, soit environ un tiers du Smic. Ceux qui exercent exclusivement sous ce statut atteignent 800 € mensuels, quand les entrepreneurs cumulant avec un emploi salarié ne déclarent que 360 €. Un faible revenu d’activité en partie lié à la nature même de ce régime fiscal qui impose des plafonds de chiffre d’affaires.
Des écarts de génération
Si la micro-entreprise séduit jeunes et moins jeunes, il n’en existe pas moins une différence dans le type d’activité exercée.
Les moins de 25 ans investissent principalement les activités de livraison, de création de contenus, d’informatique ou de conseil. Les plus de 55 ans se tournent davantage vers la santé, l’action sociale, les activités juridiques ou l’hébergement-restauration.
Deux générations, deux usages de la micro-entreprise : pour les uns, une première expérience entrepreneuriale ; pour les autres, une manière de prolonger leur activité ou de créer leur propre emploi.
Des micro-entrepreneurs concentrés dans le centre de l’ancienne Bourgogne
Contrairement aux idées reçues, la micro-entreprise n’est pas qu’un phénomène urbain. Rapporté à la population régionale, le statut est particulièrement développé dans le centre de l’ancienne Bourgogne et le long de la côte viticole, entre Dijon et Mâcon. À l’inverse, il est moins répandu dans le nord de la Franche-Comté et une partie de la bande frontalière.
Dans plusieurs territoires ruraux, notamment dans la Nièvre, l’Yonne ou le nord-ouest de la Haute-Saône, la micro-entreprise apparaît même comme une réponse à un marché de l’emploi salarié plus limité. Les créateurs d’entreprises y sont plus nombreux à exercer sans autre activité professionnelle.
L’entrepreneuriat se réinvente et la micro-entreprise est devenue un nouvel usage du travail. Complément d’activité, tremplin professionnel, activité de fin de carrière ou réponse à un marché de l’emploi plus contraint, elle traduit l’évolution des parcours professionnels et du marché de l’emploi. Une dynamique qui donne à réfléchir : les talents de demain seront-ils davantage des salariés, des indépendants, ou un peu des deux ?
Texte : Zoé Benoit