Le marché français du solaire thermique individuel poursuit son recul. Après l’embellie de 2022 et 2023, les ventes sont revenues à leur niveau d’avant-crise, freinées par l’instabilité des aides publiques, la hausse des coûts et un marché de la rénovation en perte de vitesse.
Un marché qui retombe
Le rebond observé après la crise sanitaire n’aura pas duré. Selon le dernier baromètre d’Observ’ER, le marché des chauffe-eau solaires individuels a reculé de 2,2 % en 2025, avec 18 100 m² de capteurs installés, retrouvant quasiment son niveau d’avant la flambée de 2022-2023. Les systèmes solaires combinés, qui assurent à la fois la production d’eau chaude et une partie du chauffage, enregistrent une baisse encore plus marquée (-24 %).
Une fragilité particulièrement visible concernant les chauffe-eau solaires auto-stockeurs. Après une croissance spectaculaire jusqu’en 2023, les ventes se sont effondrées en deux ans. Elles sont passées de 29 420 m² en 2023 à 12 935 m² en 2024, puis à seulement 2 000 m² en 2025, soit une chute de 85 % en un an. Une illustration frappante de la difficulté à installer durablement une innovation sur un marché fortement dépendant des conditions économiques et des politiques publiques.
Pour les professionnels de la filière, cette évolution traduit le ralentissement général du marché de la rénovation énergétique, dans un contexte économique devenu plus incertain.
Des coûts en hausse, des installateurs moins nombreux
En cause d’abord, une pression persistante sur les coûts. Après plusieurs années de tensions sur les matières premières, comme le cuivre, les fabricants anticipent une nouvelle hausse des prix des équipements en 2026. Une augmentation qui pèse sur la compétitivité du solaire thermique face aux autres solutions de chauffage.
Autre conséquence de ce ralentissement : le nombre d’installateurs qualifiés tend à diminuer. Faute d’un volume d’activité suffisant, certains professionnels renoncent à renouveler leur qualification RGE, indispensable pour faire bénéficier leurs clients des aides publiques.
L’instabilité des aides continue de peser
Car ce sont surtout les dispositifs d’aides à l’installation qui pèsent sur le marché : les professionnels désignent sans détour MaPrimeRénov’ comme l’un des principaux facteurs d’incertitude. Les modifications successives du dispositif, les interruptions temporaires et la complexité des démarches administratives alimentent les hésitations des particuliers.
La question n’est pas seulement le niveau des aides, mais leur lisibilité et leur stabilité dans le temps, indispensables pour permettre aux entreprises d’investir et aux ménages de concrétiser leurs projets.
Le solaire thermique individuel, un marché qui subit les fluctuations économiques et politiques, mais qui n’en reste pas moins essentiel dans la transition énergétique.
Texte : Pauline Bresson