En deux ans, l’usage de l’intelligence artificielle a triplé dans les entreprises françaises. Une accélération spectaculaire, mais encore très inégale selon leur taille. Et, derrière les questions de compétences ou de sécurité, le premier frein reste plus élémentaire : beaucoup d’entreprises ne voient toujours pas ce que l’IA pourrait leur apporter.
Une adoption qui accélère
En 2025, 18 % des entreprises de 10 salariés ou plus déclarent utiliser au moins une technologie d’IA, contre 10 % un an plus tôt et seulement 6 % en 2023. Les entreprises utilisatrices concentrent désormais 66 % du chiffre d’affaires et 59 % de l’emploi couvert par l’enquête.
Une progression qui ne gomme toutefois pas les écarts : seulement 15 % des entreprises de 10 à 49 salariés annoncent avoir recours à l’IA, contre 31 % des entreprises de 50 à 249 salariés et 58 % des structures de 250 salariés ou plus. L’IA progresse donc rapidement dans les PME, mais encore plus vite dans les grandes entreprises : l’écart entre les plus petites et les plus grandes est passé de 16 à 43 points en deux ans.
L’adoption reste très inégale selon les métiers. L’information-communication conserve une nette avance, tandis que la construction, les transports ou l’hébergement-restauration restent en retrait. Mais ce sont aussi certains de ces secteurs, encore peu utilisateurs, qui enregistrent les progressions les plus rapides : en un an, l’usage a plus que doublé dans l’industrie manufacturière, la construction et l’hébergement-restauration.
« Pas utile » : le premier frein
Le résultat le plus révélateur de l’étude se trouve peut-être du côté des non-utilisateurs.
En 2025, parmi les entreprises n’utilisant aucune technologie d’intelligence artificielle, 71 % affirment ne pas y voir d’utilité. Le manque d’expertise arrive ensuite, cité par 54 %, devant l’incompatibilité avec les équipements existants, les inquiétudes liées aux données personnelles et le manque de clarté juridique, chacun évoqué par 38 %. Les coûts trop élevés ne viennent qu’après, à 32 %.
Autrement dit, le principal obstacle n’est pas nécessairement financier ou technique. Il réside d’abord dans la difficulté à identifier un usage concret, adapté au métier et suffisamment rentable pour justifier un changement d’organisation.
L’expertise manque aussi aux utilisateurs
Avoir franchi le pas ne règle d’ailleurs pas tout. Parmi les entreprises qui utilisent déjà l’IA, 53 % se disent freinées par un manque d’expertise, 43 % par les questions de protection des données et 42 % par l’incertitude juridique. Le coût n’est cité que par un tiers d’entre elles.
Les bénéfices recherchés sont pourtant très opérationnels : 73 % des entreprises utilisatrices veulent gagner du temps ou réduire leurs coûts, 64 % améliorer la qualité et la fiabilité de leurs processus, et 56 % réaliser des travaux complexes.
L’enjeu, pour les PME, n’est donc plus seulement d’accéder aux outils. Il est de repérer les usages réellement utiles à leur métier, de former les équipes et de sécuriser leur déploiement. Car l’IA ne progresse ni au même rythme, ni pour les mêmes raisons, selon les secteurs.
Texte : Pauline Bresson
Source : “Les technologies de l’information et de la communication dans les entreprises en 2025. Le taux d’usage de l’intelligence artificielle multiplié par trois entre 2023 et 2025”, Insee Première, n° 2120, Juillet 2026. https://www.insee.fr/fr/statistiques/9025878#graphique-figure2