Gel, sécheresses, canicules, nouvelles maladies… Face au changement climatique, les politiques environnementales ne relèvent plus de la simple conformité pour les agricultures. La question est désormais très concrète : comment continuer à produire dans trente ans ? C’est autour de cette interrogation que le Crédit Agricole de Champagne-Bourgogne a réuni chercheurs, agriculteurs et experts lors de sa rencontre Agriculture 2050, le 23 septembre 2026.
Le vrai coût, c’est peut-être de ne rien changer
Ce qui ressort des échanges est presque contre-intuitif. On parle souvent du coût de la transition. Beaucoup moins de celui de l’inaction.
L’étude “Résilience”, présentée à cette occasion, estime que les exploitations de grandes cultures du Centre-Est pourraient perdre 35 % de leur excédent brut d’exploitation si elles ne s’adaptent pas aux évolutions climatiques. À l’inverse, des leviers comme l’agriculture de précision, la diversification, l’amélioration des sols ou l’irrigation raisonnée permettraient de retrouver une trajectoire de croissance.
Autrement dit, la transition n’est pas seulement une affaire d’environnement, mais une question de pérennité économique.
Une réflexion qui dépasse les exploitations
Si le sujet concerne d’abord l’agriculture, il interroge aussi tous les dirigeants. Derrière les cultures se joue une partie de l’économie régionale : coopératives, agroalimentaire, équipementiers, transporteurs ou banques évoluent dans le même écosystème.
Le défi n’est donc plus seulement de financer des investissements, mais d’aider les entreprises à arbitrer dans un contexte où le climat devient un paramètre de gestion à part entière. C’est d’ailleurs l’un des enseignements de cette rencontre : la résilience ne se construit pas uniquement dans les champs, mais aussi dans les stratégies d’investissement, d’innovation et d’accompagnement des agriculteurs.

« Les aménagements à réaliser pour mettre la ferme « France » sur le chemin de la résilience ne peuvent pas être portés par les agriculteurs seuls. »
Jean-Pierre Touzet, directeur du Pôle Agri-Agro, Garantie et Capital développement du Crédit Agricole S.A.
Le Crédit Agricole s’engage
Reste une réalité incontournable : cette adaptation a un prix. Le Crédit Agricole évalue à 29 milliards d’euros les investissements nécessaires pour déployer pleinement ces leviers d’ici 2050. Un montant qui dépasse largement les capacités des exploitants seuls et qui repositionne les banques comme des acteurs de la transition, au-delà de leur rôle traditionnel de prêteur.
C’est dans cette logique que le Crédit Agricole de Champagne-Bourgogne annonce la création d’une banque d’affaires agricole et viticole, avec des prêts structurés, des solutions de participation financière et un accompagnement stratégique des exploitations.
Pour les agriculteurs comme pour leurs partenaires financiers, la question n’est donc plus de savoir s’il faut s’adapter, mais comment financer cette adaptation.
Texte : Pauline Bresson
Photos : DR ; Sonia Blanc