C’est le solde net d’ouvertures d’usines en France en 2025, selon le Baromètre industriel de l’État. Autrement dit : le pays continue d’ouvrir ou d’agrandir plus de sites industriels qu’il n’en ferme. Une bonne nouvelle en demi-teinte : un an plus tôt, ce solde atteignait encore +88. La dynamique ralentit donc nettement.
Une phase de réindustrialisation
C’est un mouvement enclenché depuis une dizaine d’années, la réindustrialisation prend la suite de la désindustrialisation qui a touché la France : la part de l’industrie dans le PIB est passée de 24 % en 1970 à 14 % en 2010, avec une stabilisation depuis 2016. L’objectif national : rattraper la moyenne européenne, près de 20 % du PIB en 2024.
Dans le détail, ce sont surtout les extensions d’usines existantes qui maintiennent l’industrie française dans le vert. 158 extensions significatives ont été recensées en 2025. Elles sont comptabilisées au même titre que des ouvertures lorsqu’elles augmentent fortement la capacité de production ou les effectifs. Autrement dit, la réindustrialisation passe aujourd’hui autant par l’agrandissement des sites existants que par la création de nouvelles usines.
Côté secteurs, l’industrie verte reste la plus dynamique avec un solde positif de 26 ouvertures nettes, devant l’aéronautique, le spatial et la défense (+19) et l’électronique (+12). À l’inverse, plusieurs industries historiques (transport, chimie, mécanique ou métallurgie) enregistrent davantage de fermetures que d’ouvertures. Un mouvement dont pâtit malheureusement notre région.
La Bourgogne-Franche-Comté dans le négatif
En région, la dynamique est très contrastée. La Bourgogne-Franche-Comté affiche un solde négatif de -3 sites industriels en 2025. Cette contre-performance s’explique par une combinaison de facteurs : des friches (espaces déjà artificialisés pouvent accueillir des projets d’entreprise) peu disponibles ou coûteuses, des délais administratifs longs et une attractivité limitée pour les salariés qualifiés. Elle illustre combien la réindustrialisation française reste fragile et dépendante des conditions locales, sectorielles et internationales.
La Cour des Comptes pointe les problèmes
Dans un rapport publié en mars 2026, la Cour des Comptes dénonce les obstacles avec lesquels les entreprises doivent encore composer. Les aides publiques sont certes nombreuses. Les collectivités dépensent pas moins de 5,6 milliards d’euros chaque année pour soutenir les industries tandis que l’État co-finance des programmes bien connus : France 2030, Fonds européens et contrats de plan État-Région. Mais ces aides sont dispersées, ce qui rend difficile l’accès au financement.
Autre point noir : le foncier industriel devient de plus en plus rare. La loi ZAN (Zéro Artificialisation Nette) limite l’étalement urbain et crée une concurrence accrue pour les terrains. Car, si les friches sont privilégiées pour limiter l’urbanisation, elles coûtent souvent plus cher que les terrains nus et nécessitent des travaux importants.
Enfin, la simplification administrative reste un enjeu : permis de construire, ICPE (Installations Classées pour la Protection de l’Environnement), raccordements énergétiques ou logistiques peuvent retarder les projets de plusieurs années, même pour des extensions d’usines déjà existantes.
Reste que les projets continuent d’émerger : 150 usines sont actuellement en construction ou en préparation sur le territoire national. La bataille industrielle est loin d’être perdue.
Texte : Zoé Benoit
Sources :
Le rapport public annuel, Cour des Comptes, 2026.
Baromètre industriel de l’Etat, Direction Générale des Entreprises, mars 2026.