Le retour de la consigne reste un sujet sensible. Si le réemploi des bouteilles en verre fait plutôt consensus, l’idée d’étendre la consigne au plastique, récemment relancée par Emmanuel Macron, continue de diviser, y compris en région.
Consigner les bouteilles en plastique : une bonne idée ?
L’idée a de quoi séduire : en proposant une rétribution financière, le système de consigne incite à trier ceux qui ne s’y sont pas encore mis.
Le 19 mai dernier, Emmanuel Macron relançait la question d’un système de consigne des bouteilles en plastique. Une réponse aux objectifs de tri fixés par l’Union européenne d’ici 2030, mais une mesure déjà enterrée auparavant, suite aux vifs débats suscités. Le système serait entièrement piloté par les industriels, avec un prix des bouteilles intégrant en amont les centimes reversés lors du retour de l’emballage.
À Exincourt dans le Doubs, une machine de déconsigne existe déjà depuis plus d’un an dans la galerie commerciale d’un supermarché : en échange d’une bouteille, un bon d’achat de deux centimes. Réduites en paillettes, les bouteilles sont récupérées par la société de Cristaline, afin de les transformer en de nouvelles bouteilles dans ses usines de recyclage. Une initiative qui semble porter ses fruits puisqu’elle a ses adeptes, qui sont autant de clients fidélisés pour la grande surface.
Mais la mesure fait grincer des dents les collectivités, et ce pour plusieurs raisons.
Un système contre-productif ?
Le terme même de consigne fait débat, les bouteilles n’étant pas réemployées mais plutôt recyclées. Christophe Tary, directeur du Sytevom (Syndicat de transfert, d’élimination et de valorisation des déchets ménagers pour une partie du Doubs et de la Haute-Saône), dénonce ainsi une « fausse consigne » susceptible de fragiliser les filières existantes.
Car le tri fonctionne déjà dans de nombreux territoires. En 2024, la Bourgogne-Franche-Comté figurait parmi les régions les plus performantes en matière de recyclage, avec 90 kilos d’emballages et papiers triés par habitant, soit près de 20 kilos de plus que la moyenne nationale.
Détourner les bouteilles plastiques des poubelles jaunes risquerait de déséquilibrer le financement de la gestion des déchets. Les soutiens financiers accordés aux collectivités étant liés aux volumes collectés, une baisse des emballages triés entraînerait mécaniquement une diminution des aides.
Le sénateur du Doubs Jean-François Longeot, également président de la commission du Développement durable du Sénat, redoute ainsi une hausse du coût des ordures ménagères pour les habitants. « Le gain financier ne sera rien par rapport à la hausse que les collectivités vont devoir appliquer sur le prix de la poubelle grise », confiait-il au micro d’ICI Matin Belfort Montbéliard, lundi 25 mai. Les consommateurs paieraient donc doublement le prix de la consigne : d’une part avec la hausse du prix d’achat des produits, d’autre part avec la hausse des charges liées à la gestion des déchets.
Derrière le débat sur la consigne plastique, c’est donc une question plus large qui se pose : comment accélérer le recyclage sans fragiliser les systèmes de tri déjà en place dans les territoires ?
Texte : Zoé Benoit
Photo : DR