Le fabricant dijonnais de vélos a demandé son placement en redressement judiciaire. Une procédure qui intervient dans la foulée de la faillite de sa maison-mère Accell et qui pourrait, paradoxalement, lui offrir l’occasion de reprendre son destin en main.
Le coup de massue
Mercredi 5 août 2026, Lapierre annonce avoir demandé son placement en redressement judiciaire auprès du tribunal de commerce de Dijon. L’audience est fixée au 25 août, le contre-la-montre est lancé. L’annonce intervient juste après le dépôt de bilan de son actionnaire unique, le groupe néerlandais Accell.
Pour la première fois depuis près de quarante ans, le fabricant dijonnais doit apprendre à avancer sans sa maison-mère. Propriétaire de Lapierre depuis 1986, le groupe a été placé en cessation de paiement après l’annulation de son rachat par une société singapourienne.
Touché par le retournement du marché du vélo après le Covid, le groupe n’est pas parvenu à écouler ses stocks alors que la demande est retombée après l’engouement lié à la pandémie.
La disparition d’Accell ne condamne pas pour autant ses différentes marques, qui pourraient poursuivre leur histoire de manière indépendante.
Un retour à l’indépendance ?
Le placement en redressement judiciaire pourrait bien signer un retour à l’indépendance pour Lapierre : « La disparition du soutien financier du groupe Accell l’oblige désormais à construire seule son avenir », souligne William Perrier, directeur général des Cycles Lapierre.
Lapierre a de la bouteille : fondée en 1946, l’entreprise a fêté le mois dernier ses 80 ans. Une référence en matière de vélo, dont la réputation n’est plus à faire. Depuis les années 80, la marque s’est imposée dans la compétition de haut niveau grâce à son savoir-faire industriel et une technologie de pointe. Autant d’atouts pour convaincre un nouvel investisseur.
Car l’entreprise n’a pas attendu la chute de sa maison-mère pour s’adapter. Assainissement des stocks de produits finis, réduction des coûts… Les efforts mis en œuvre depuis 2024 commencent à payer avec des signes d’amélioration : Lapierre réalise 99,1 M€ de chiffre d’affaires en 2025. À cela s’ajoute un ancrage régional, avantage non négligeable. « Nous avons la chance d’avoir notre outil industriel ici, toutes nos compétences sont à Dijon », remarque William Perrier. Les ingrédients sont réunis. Reste à voir si la mayonnaise prendra.
« Nous ne déposons pas cette demande pour renoncer. Nous la déposons pour nous donner les moyens de nous battre »
William Perrier, dans un communiqué de presse du 6 août
Un avenir en suspens, mais toujours de l’activité
Le temps est désormais compté pour Lapierre : trouver un investisseur, préserver ses 106 emplois et retrouver son indépendance, c’est ce que pourrait permettre son placement en redressement judiciaire.
Réponse le 25 août : si la procédure est ouverte, une période d’observation de six mois s’engagera, renouvelable jusqu’à dix-huit mois. D’ici là, les vélos continuent de sortir des ateliers dijonnais. Commandes, livraisons, garanties et pièces détachées restent assurées par les 106 salariés. La course, elle, se joue désormais sur un autre terrain : celui des investisseurs.
Texte : Zoé Benoit
Photo : Cycles Lapierre