Depuis Besançon, Damien Couval a pris le virage de l’entrepreneuriat sans quitter la Bourgogne-Franche-Comté. Co-fondateur d’Hyvilo, désormais intégrée à HexaDone, il partage son parcours et sa vision d’un numérique capable de reconnecter données, métiers et action publique.
Vous avez étudié, travaillé et même enseigné en Bourgogne-Franche-Comté avant de créer votre entreprise à Besançon. En quoi cet ancrage régional a-t-il façonné votre parcours d’entrepreneur ?
Je suis même né dans la région et cet ancrage a toujours été très fort chez moi. Alors que je vivais en Espagne, j’ai ressenti le besoin de revenir spécifiquement dans la région pour y construire une entreprise, plutôt que de poursuivre une trajectoire plus classique à Paris ou ailleurs.
Créer une startup technologique ici est toutefois un défi particulier : il existe moins de précédents et moins de profils ayant vécu ce type d’aventure. Cela oblige à aller chercher ailleurs certains savoir-faire et à créer localement de nouveaux repères. Je me retrouve aussi dans un certain tempérament franc-comtois : besogneux, discret et un peu effronté. C’est assez proche de notre manière de construire, depuis Besançon, une entreprise capable d’adresser des enjeux nationaux.
Votre parcours mêle école de commerce, banque, entrepreneuriat et enseignement. Comment ces expériences ont-elles nourri votre façon d’entreprendre ?
Ces expériences m’ont surtout appris à relier en profondeur de nombreux univers. La banque m’a apporté une compréhension du risque et du fonctionnement des organisations. L’entrepreneuriat m’a confronté à la nécessité de transformer des intuitions en réalités opérationnelles. L’enseignement m’a appris à structurer des idées complexes et à les rendre compréhensibles.
Avec le recul, cela a nourri une manière de penser très systémique : beaucoup de problèmes viennent moins d’un manque d’outils que du fait que chacun optimise son sujet sans vision globale.
En 2020, vous co-fondez Hyvilo. En 5 ans, elle passe de l’idée à une solution déployée dans plusieurs collectivités. Qu’est-ce qui a été le plus difficile dans cette phase de start-up ?
Le plus difficile a sans doute été de rendre crédible une promesse ambitieuse. Une définition de la proposition de valeur m’a beaucoup marqué : la promesse multipliée par la crédibilité, divisée par l’effort et le temps nécessaires pour l’obtenir. Au début d’Hyvilo, nous avions une vision forte, mais il fallait encore démontrer qu’elle pouvait fonctionner concrètement dans des organisations complexes.
Une start-up doit construire simultanément son produit, son marché et sa légitimité. Il fallait rassurer, produire rapidement des résultats visibles et construire la confiance sans renoncer à l’ambition initiale.
Début 2026, Hyvilo fusionne avec HexaDone. Cette fusion vous positionne désormais sur l’ensemble du cycle, de la structuration des données à la mise en œuvre concrète. Peut-on y voir un engagement plus large, en tant qu’entrepreneur, à redonner aux organisations la maîtrise de leurs données et de leurs outils numériques ?
Oui. Depuis des années, les organisations accumulent des outils spécialisés qui fonctionnent souvent en silos. Le paradoxe, c’est que plus les systèmes se perfectionnent, plus il devient parfois difficile d’avoir une vision cohérente de l’ensemble et de transformer l’information en action coordonnée.
Avec Hyvilo puis HexaDone, notre ambition est justement de recréer une continuité entre les données, les métiers et les opérations, avec une dimension désormais plus industrielle portée notamment par Orange et la Banque des Territoires. Au fond, nous essayons d’aider les organisations à redevenir gouvernables dans un environnement numérique devenu extrêmement fragmenté.
Depuis cette intégration, vous êtes devenu directeur général adjoint d’HexaDone. Qu’est-ce qui change dans votre quotidien entre la vie de start-up et celle d’une structure plus importante ?
Dans une start-up, tout est très immédiat : les décisions sont rapides et une grande partie de l’énergie consiste à prouver que l’idée fonctionne.
Dans une structure plus importante, le défi devient différent : réussir à industrialiser sans perdre la capacité d’innovation et de vitesse qui fait la force des jeunes entreprises. Les enjeux de gouvernance, de coordination et de passage à l’échelle prennent naturellement beaucoup plus de place.
Texte : Zoé Benoit
Photo : DR