Sur le papier, l’entrepreneuriat français se féminise rapidement. Les femmes représentent désormais près de 44 % des créateurs d’entreprise en 2022. Mais derrière cette progression se cache un contraste persistant : les entreprises dirigées par des femmes sont souvent plus performantes, mais moins rémunératrices et moins financées.
Le contraste des chiffres
Aujourd’hui, les femmes dirigent 1,3 million d’entreprises, soit 26 % du tissu entrepreneurial, selon l’Observatoire publié par la Confédération des petites et moyennes entreprises.
Pourtant, elles ne génèrent que 12,45 % du chiffre d’affaires total, environ 403 milliards d’euros.
Le paradoxe est frappant. Les entreprises dirigées par des femmes affichent une marge brute moyenne de 62,2 %, contre 60,4 % pour celles dirigées par des hommes. Autrement dit, elles sont souvent plus efficaces dans leur gestion, mais restent plus petites et moins capitalisées.
Moins de financements, moins de revenus
Ce décrochage apparaît dès la création. Selon la Fédération Bancaire Française, les entrepreneuses sollicitent moins souvent un crédit et obtiennent des montants plus faibles : 53 000 € en moyenne pour une TPE dirigée par une femme, contre 71 000 € pour un homme.
Les écarts se retrouvent aussi dans les revenus. Chez les auto-entrepreneurs, le revenu annuel moyen atteint 6 670 € pour les femmes contre 8 256 € pour les hommes, soit près de 20 % de différence.
Un cercle vicieux
Ce phénomène crée un cercle difficile à briser : moins financées, les entreprises dirigées par des femmes restent plus petites, et ce même lorsqu’elles affichent de bonnes performances économiques.
Le constat est clair pour de nombreux économistes : le défi n’est plus la création d’entreprise, mais l’accès aux moyens de croissance. Car si les entreprises dirigées par des femmes atteignaient simplement la performance moyenne de leur catégorie, elles pourraient générer plus de 200 milliards d’euros supplémentaires de chiffre d’affaires pour l’économie française.
Un enjeu de société
Christelle Maussac voit notamment dans ces écarts l’expression de constructions sociales qui pèsent sur les cheffes d’entreprises.
La structure des secteurs d’activité joue d’abord un rôle. Les femmes restent surreprésentées dans les métiers du service, du soin ou de l’accompagnement : des activités essentielles mais souvent moins rémunératrices que la technologie ou l’industrie.
À cela s’ajoutent les heures invisibles liées à l’entrepreneuriat et à la gestion domestique : aux heures de travail qu’on ne facture pas (répondre à ses mails dans son lit, refaire son site internet) s’ajoutent les heures de travail gratuit liées à la gestion du foyer.
On peut aussi questionner le rapport à l’argent : l’ambition financière des femmes est assortie d’une somme de clichés socialement construits, et pour s’en défaire, nombreuses sont celles qui affichent des tarifs modestes.
Au fond, la question n’est plus de savoir si les femmes entreprennent. Elles sont déjà là, nombreuses, et leurs entreprises démontrent chaque jour leur solidité. Le véritable enjeu est désormais ailleurs : leur permettre de grandir.
Accès au financement, répartition du temps, rapport à l’argent… autant de facteurs qui dépassent la seule performance des entreprises. Réduire ces écarts ne relève donc pas uniquement de l’initiative individuelle. C’est aussi un enjeu collectif.
Texte : Pauline Bresson
Photo : DR
Sources : Argent et entrepreneuriat au féminin : comment sortir des montagnes russes financières ?, Christelle Maussac, éditions GERESO, 2026.
“Influence économique des entreprises dirigées par les Femmes en France”, Observatoire 2026, Les Alphas de l’économie – CPME, janvier 2026.
Accès au financement des femmes entrepreneures, Fédération bancaire française, 2025.
Barometer 2025 Gender Equity, Sista et BCG.