Les Urssaf de Bourgogne et de Franche-Comté ont récemment présenté leurs bilans pour l’année 2025, et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’ils sont impressionnants : plus de 24 millions d’euros redressés au cours de l’année.
Les chiffres parlent
Alors que les chiffres sont plutôt stables au niveau national (avec 1,5 milliard d’euros en 2025 contre 1,6 milliard en 2024), les Urssaf de la région se font remarqués par leurs progressions record.
En Franche-Comté, c’est un chiffre historique qui a été atteint : 8,06 millions d’euros redressés, soit presque le double par rapport à 2023, où les redressements s’élevaient à 4,6 millions d’euros. Et pour cause : 56 actions de contrôle ciblées ont été réalisées, dont 98 % ont abouti à un redressement.
Du côté de la Bourgogne, l’Urssaf a mené 234 actions de contrôle ciblées. Et 35,5 % d’entre elles ont abouti à un redressement, pour un total de 16,3 millions d’euros redressés. Parmi cette somme, 11 millions d’euros concernent des entreprises dont le siège social se situe hors de la région mais qui ont été contrôlées en Bourgogne. L’organisme régional a une belle avance sur sa feuille de route : il ne reste plus que 3 millions à redresser pour atteindre l’objectif fixé à la fin de l’année 2027.
Mais c’est la prévention qui concentre la majorité des actions. L’Urssaf rappelle notamment le devoir de vigilance des entreprises vis-à-vis de leurs sous-traitants : si un sous-traitant n’est pas à jour de ses obligations sociales, la responsabilité peut remonter jusqu’au donneur d’ordre.
Une stratégie plus ciblée
Pour obtenir de tels résultats, l’Urssaf a non seulement augmenté son nombre de contrôles (+35 % en 2025 pour l’Urssaf Bourgogne), mais aussi affiné sa stratégie. Procédures souvent longues, les redressements sont désormais pensés du point de vue de l’encaissement dès le lancement d’un contrôle. Les dossiers sont donc ciblés à la fois selon la probabilité de fraude et selon la capacité réelle à récupérer les sommes dues. Et face à certains fraudeurs qui organisent leur insolvabilité, des mesures conservatoires sont possibles. Un juge peut notamment figer la situation patrimoniale afin d’éviter que les sommes ne disparaissent avant la fin de la procédure.
Grâce aux CODAF (Comité opérationnel départemental anti-fraude), les services de l’État et les organismes locaux de protection sociale partagent des informations. Une transversalité opportune pour lutter contre les fraudes complexes, qui croisent les domaines.
Autrement dit, la progression des chiffres ne traduit pas nécessairement une explosion du travail dissimulé, mais plutôt une capacité accrue à le détecter.
Derrière la course aux chiffres, des objectifs concrets et sociaux
Ce n’est pas par excès de zèle ou par culture du dépassement que les agents de l’Urssaf renforcent leurs contrôles, multiplient leurs actions et ciblent les plus gros dossiers. Les sommes redressées ont une utilité bien particulière : financer la Sécurité sociale. La mission première de l’Urssaf est de collecter les cotisations auprès des entreprises et des travailleurs indépendants pour financer la santé, les retraites ou encore l’assurance chômage. Or, le travail dissimulé représente un manque à gagner considérable : plus de 7 milliards d’euros en 2025 selon une estimation du Haut conseil du financement de la protection sociale.

Pour Lionel Matz, directeur régional de l’Urssaf Bourgogne, il s’agit de préserver la confiance collective dans le système. Car une société repose en grande partie sur une convention tacite : la conviction partagée que les règles existent, qu’elles s’appliquent à tous et qu’elles sont effectivement respectées. Lorsque cette croyance s’affaiblit, c’est tout l’édifice qui se fragilise.
Dans cette perspective, la lutte contre la fraude n’est pas seulement une question de contrôle ou de finances publiques. Elle participe aussi à maintenir ce socle invisible mais essentiel : la confiance dans les règles communes qui structurent la vie économique et sociale.
Texte : Zoé Benoit
Photo : Urssaf