Et si, pour relancer la filière automobile française, il fallait commencer par faire plus simple ? C’est le pari du projet « Essentiel », présenté par le Pôle Véhicule du Futur le 18 septembre. Un véhicule électrique d’environ 4 mètres, une tonne batteries comprises, autour de 15 000 € et produit en France ou en Europe : le cahier des charges est aussi ambitieux que provocateur.
Labellisé pôle de compétitivité depuis 2005, le Pôle Véhicule du Futur n’est pas un simple réseau d’entreprises : il fédère plus de 400 acteurs de l’industrie, de la recherche et de la formation en Bourgogne-Franche-Comté et dans le Grand Est. Son rôle : faire émerger des projets collectifs et aider la filière à répondre concrètement aux mutations des véhicules et des mobilités.
Faire moins cher, pas moins bien : le pari de la simplicité
Les voitures sont devenues toujours plus lourdes et coûteuses, alors que le pouvoir d’achat des ménages et les budgets des entreprises pour leurs flottes ne suivent pas. Pour redynamiser le secteur, le nouveau bureau du Pôle propose une voiture légère, abordable, sûre et désirable, avec des investissements industriels limités et des composants moins coûteux.
Plutôt qu’une voiture complète, le projet vise davantage à constituer une vitrine de technologies et de sous-ensembles industrialisables dans laquelle les constructeurs pourraient venir piocher. Réduire le nombre de pièces, revoir les méthodes d’assemblage, imaginer de nouvelles solutions : les solutions vont se construire ensemble. Là encore, le collectif a un rôle crucial.
Fédérer les acteurs locaux
Le calendrier n’est pas choisi au hasard. Une évolution de la réglementation européenne doit alléger certaines contraintes sur les véhicules électriques à partir de 2027. Selon le Pôle, les normes actuelles sur les aides à la conduite et la résistance aux chocs peuvent représenter 2 000 à 2 500 € sur le prix d’un véhicule. De quoi créer une fenêtre pour des modèles électriques de moins de 4,20 mètres et largement composés de pièces européennes.
Le message adressé aux constructeurs est à peine voilé. Plusieurs projets de petites voitures électriques existent déjà chez les grands noms du secteur, mais ils ne se tournent pas vers les fournisseurs français. « Nous voulons montrer aux constructeurs qu’on existe encore, et que le temps presse », résume Damien Tournier, président du Pôle depuis juin dernier.
Le projet doit maintenant passer de l’idée à la fabrication collective. Les études et groupes de travail pourraient démarrer au premier semestre 2027, avec des maquettes numériques et des démonstrateurs à la clé. Entreprises, laboratoires, universitaires, start-up, étudiants, collectivités ou experts métiers sont invités à rejoindre la démarche.
“Essentiel”, c’est finalement autant un projet automobile qu’un test grandeur nature : celui de la capacité de la filière à reprendre l’initiative.
Texte : Zoé Benoit
Photo : DR