Sur invitation des « Jeunes Horizons » de Côte-d’Or, l’ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin s’est rendu à Dijon le mercredi 29 avril pour une conférence à Sciences Po. Dans un contexte de fragilité parlementaire nationale, il est venu plaider pour une réforme profonde de la décentralisation et apporter son soutien stratégique à Édouard Philippe en vue de l’échéance présidentielle de 2027. Un déplacement destiné à replacer la voix des élus locaux au cœur des cercles décisionnels de l’État.
Un diagnostic sévère sur la « panne » majoritaire
Pour Jean-Pierre Raffarin, la France traverse une crise de gouvernance profonde liée à l’absence de majorité claire à l’Assemblée nationale. Fidèle à l’esprit de la Ve République, il considère que le « fait majoritaire » est indispensable pour agir.
L’ancien locataire de Matignon pointe une urgence de calendrier : selon lui, l’autorité d’un gouvernement se joue dans les 18 à 24 premiers mois d’un mandat. Il appelle donc à une préparation minutieuse des projets de loi pour 2027, citant la méthode utilisée par Lionel Jospin lors de la mise en œuvre des 35 heures pour illustrer la nécessité d’arriver au pouvoir avec un programme « prêt » à l’emploi.
Le maire, pivot de la réforme territoriale
C’est sur le terrain de la décentralisation que Jean-Pierre Raffarin se montre le plus offensif. Il déplore une déconnexion des élites parisiennes et une perte de substance de la fonction d’élu local.
Ses propositions pour Horizons s’articulent autour de deux axes majeurs. D’abord, la « fabrique de la loi » : réintégrer l’expérience des maires dans le processus législatif national pour éviter les réformes hors-sol. Ensuite, l’autonomie financière : transformer une part de la fiscalité nationale en impôt territorial pour rendre aux élus leur « dignité » et leur responsabilité devant les contribuables.
Cap sur 2027 avec Édouard Philippe
S’il ne se définit pas comme un adhérent du parti Horizons, Jean-Pierre Raffarin confirme sa loyauté envers Édouard Philippe, dont il fut le partenaire à l’époque de l’UMP. Il voit en lui l’homme de la situation pour 2027, mettant en avant ses trois années d’expérience à Matignon comme un gage de crédibilité.
Prudent, il rejette toutefois le principe des primaires, qu’il juge responsables de la « décapitation » de sa famille politique par le passé. Pour lui, l’enjeu est désormais de construire un projet capable de rassembler de la gauche à la droite pour faire barrage aux extrêmes.
Une vision stratégique européenne
Sur le plan international, Jean-Pierre Raffarin prône une Europe forte, capable de s’imposer comme une « troisième force » entre les blocs américain et chinois. Très critique envers la diplomatie de Donald Trump, qu’il juge « dangereuse » et imprévisible, il préconise un leadership franco-allemand renforcé pour stabiliser les relations mondiales, notamment face aux empires émergents.
Texte : Clarisse Galeron
Photo : DR