Financement de la décarbonation, accompagnement des entreprises, soutien aux collectivités : l’Agence de la transition écologique est devenue un acteur incontournable de la transition écologique dans les territoires. Mais un projet de loi présenté en Conseil des ministres pourrait modifier en profondeur son organisation.
Une réforme qui interroge
Créée en 1990, l’Agence de la transition écologique finance, conseille et accompagne entreprises et collectivités sur des projets liés à l’énergie, à la décarbonation ou à l’économie circulaire. Opérateur de l’État, l’agence dispose aujourd’hui d’une certaine autonomie : ses directions régionales peuvent lancer des appels à projets et attribuer des aides.
Une organisation qui pourrait évoluer si l’article 7 du projet de loi visant à renforcer l’État local est adopté. Il prévoit d’intégrer les délégations régionales de l’Ademe au sein des Directions régionales de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DREAL). L’Ademe se retrouverait alors sous l’autorité des préfets.
Pour certains acteurs, cette évolution pourrait réduire l’autonomie de l’agence, voire amorcer un démantèlement progressif. Dans une tribune publiée le 13 mai dans Le Monde, les anciens ministres Christophe Béchu, Delphine Batho, François de Rugy et Agnès Pannier-Runacher évoquent ainsi une « menace sidérante ».
Le gouvernement réfute toutefois toute volonté de fragiliser l’établissement. Dans une tribune publiée le 15 mai, le ministre délégué chargé de la Transition écologique, Mathieu Lefèvre, assure que « l’Ademe n’est pas en danger, elle est en mouvement ».
L’Ademe sous pression
La réforme intervient dans un contexte déjà tendu. Sur fond de tensions énergétiques, les enjeux climatiques s’amoncèlent pour la France : une réorganisation administrative pourrait risquer d’enrayer une structure fortement sollicitée.
Mais il y a une autre ombre au tableau : depuis plusieurs mois, l’agence est la cible de critiques répétées de certains responsables politiques et a déjà fait l’objet de tentatives de suppression lors de débats parlementaires. L’examen du projet de loi au Parlement, pourrait permettre à ses opposants de déposer des amendements visant à supprimer l’Ademe.
Au sein même de l’agence, la mobilisation s’organise. Réuni en urgence le 19 mai, le Conseil d’administration de l’Ademe a adopté, à 15 voix contre 10, une résolution demandant au gouvernement de retirer l’article contesté. Un vote particulièrement significatif puisque le Conseil regroupe notamment des représentants de l’État, des élus locaux et des parlementaires.
Un acteur clé en région
Sur le terrain, l’agence joue un rôle structurant. En témoigne le bilan présenté par la branche régionale fin avril : en Bourgogne-Franche-Comté, elle a engagé 83 millions d’euros d’aides en 2025 pour accompagner 541 projets, générant près de 345 millions d’euros d’investissements.
Les entreprises représentent près des deux tiers des projets soutenus, notamment pour améliorer leur efficacité énergétique ou développer des solutions de chaleur renouvelable. En 2025, l’Ademe a notamment financé à hauteur de 9,8 millions d’euros l’extension du réseau de chaleur et la création d’une chaufferie biomasse à Montbéliard.
L’agence prévoit également de lancer en 2026 un nouveau programme, « Mon parcours d’économies d’énergie », destiné à accompagner les TPE et PME dans leurs projets de décarbonation.
Présentée ce mercredi 20 mai en Conseil des ministres, la proposition de loi doit encore être déposée au Parlement, et les débats promettent d’être agités. Car derrière la réforme administrative, c’est aussi la question du rôle des agences publiques dans la transition écologique qui est désormais posée.
Texte : Zoé Benoit
Photo : AdobeStock