Entrepreneur, commerçant, gérant de bar, salarié. À 27 ans, Mathias Schmitt a déjà connu plusieurs vies professionnelles. Une expérience qui l’a conduit à s’interroger sur les limites du recrutement actuel et à créer Hilajo, une plateforme qui entend remettre de l’humain dans un processus de plus en plus standardisé.
Chef d’entreprise et salarié, une double casquette
L’idée d’Hilajo n’est pas née dans un bureau de ressources humaines, mais sur le terrain, lorsque Mathias Schmitt cherche à renouer avec le salariat après plusieurs années d’entrepreneuriat. C’est là qu’il met le doigt sur un problème : celui de procédés de recrutement où son parcours ne rentre pas dans les cases.
Une double expérience, à la fois de dirigeant (et donc de recruteur) et de candidat, qui l’amène à s’interroger : pourquoi est-il devenu si difficile de faire se rencontrer les bonnes personnes et les bonnes entreprises ?
88 % des candidats inscrits sur des job boards ne trouvent pas d’emploi. Pourquoi ?
Pour Mathias Schmitt, le problème ne vient pas seulement de l’intelligence artificielle, mais remonte à la digitalisation du recrutement. Hier, les candidats déposaient quelques CV en se rendant directement dans les établissements. Aujourd’hui, ils peuvent en envoyer des dizaines en quelques clics grâce aux job boards, les sites d’offres d’emploi. L’IA a accéléré le phénomène en permettant de modifier automatiquement les candidatures selon les offres d’emploi. Résultat : les recruteurs sont noyés sous les dossiers.
« Une entreprise qui diffuse une offre sur plusieurs plateformes peut recevoir entre 250 et 500 CV. Pour une TPE ou une PME qui n’a pas de service RH, c’est impossible à gérer. »
Mathias Schmitt, fondateur d’Hilajo
Pour élaguer la somme de candidatures, certaines entreprises s’appuient sur l’IA. Un outil qui tend pourtant à uniformiser les profils : difficile de distinguer un candidat lorsque tous les CV finissent par se ressembler.
Une logique quantitative qui pénalise particulièrement les profils atypiques. Entrepreneurs, personnes en reconversion ou au parcours moins linéaire ont plus de mal à émerger dans des processus de sélection devenus très standardisés.
Un tri qui ne garantit pas le succès du recrutement et conduit parfois à recommencer le processus quelques mois plus tard. « Tant que l’on n’arrivera pas à fournir des candidatures réellement qualifiées aux décideurs, on continuera à recruter dans l’urgence et avec des biais », souligne Mathias Schmitt.
Rendre accessibles les processus de recrutement : digitaliser pour mieux personnaliser
Si des cabinets de recrutement proposent de prendre en charge le traitement des candidatures, cela reste néanmoins un service onéreux, peu accessible pour de petites entreprises. C’est précisément ici qu’intervient Hilajo, en digitalisant les méthodes des cabinets de recrutement afin de les rendre accessibles aux TPE et PME, grâce à un abonnement abordable.
Une approche que Mathias Schmitt a construite avec deux associés, dont un recruteur professionnel basé à Dijon, et dont la méthode fait ses preuves. Par le biais de questionnaires, la plateforme croise les attentes, compétences et motivations des candidats avec les besoins de l’entreprise et le fonctionnement de l’équipe qu’ils pourraient rejoindre.
Mais ce n’est pas tout, Mathias Schmitt se rend directement à la rencontre des recruteurs, et veille aussi à appeler les candidats. Une façon d’évaluer non seulement les compétences techniques, mais aussi la compatibilité entre une personne et son futur environnement de travail.
Si Hilajo démarre en Bourgogne-Franche-Comté, le projet affiche des ambitions bien plus larges. Lauréate de la cinquième promotion du programme French Tech Tremplin et accompagnée par les Docks Numériques, la start-up souhaite étendre progressivement son périmètre, en commençant par l’Auvergne-Rhône-Alpes.
Pour son fondateur, le potentiel est immense. « Quand on voit le ras-le-bol exprimé par de nombreux dirigeants sur les difficultés de recrutement, on sait qu’il y a quelque chose à construire. »
Pour en savoir plus : www.hilajo.com
Texte : Zoé Benoit
Photo : André-Charles Galdin