À l’heure où le numérique, la donnée et l’intelligence artificielle redessinent l’action publique, le président du Conseil départemental de la Côte-d’Or François Sauvadet défend une ligne claire : faire du département un territoire souverain, protégé et mieux armé face aux mutations technologiques.
Décideur. Pourquoi faire du numérique une priorité stratégique ?
François Sauvadet. Il est plus que temps d’acquérir l’indépendance numérique et une maîtrise de la donnée pour garantir la sécurité et la continuité des services publics pour nos concitoyens. Nous devons également prendre le train de l’intelligence artificielle en marche si nous ne voulons pas subir la révolution qu’elle constitue et le monde qu’elle charrie. C’est notre destin collectif, qui se joue.
« Le Département a investi pour se doter de son propre datacenter souverain. »
François Sauvadet, président du Département de la Côte-d’Or
Quels besoins ont conduit à la création du Cloud Côte-d’Or ?
Le constat est là : en Côte-d’Or, près de 60 % des communes utilisent encore des adresses mail non souveraines (type Gmail ou Yahoo) et stockent leurs données chez des géants étrangers, avec un risque évident que leurs documents soient stockés sur des serveurs que personne ne maîtrise, alors que nous avons affaire à des hackers étrangers, avec des cyberattaques de plus en plus nombreuses, y compris vis-à-vis des collectivités. Assurer la sécurité de nos données et de celles des communes est essentiel. C’est pourquoi nous avons lancé le Cloud Côte-d’Or, une offre unique en France, ouverte à toutes les communes et intercommunalités, qui leur permet d’avoir un véritable bouclier numérique. Le Département a donc investi pour se doter de son propre datacenter souverain, qui nous permettra d’héberger et de sécuriser nos données et celles des communes côte-d’oriennes qui le souhaitent, avec aussi une adresse mail sécurisée pour éviter la fuite des données vers des destinations inconnues dans le monde entier. C’est cet enjeu de cybersécurité qui nous a également poussé à proposer des outils accessibles et faciles d’installation aux mairies et associations, comme un boîtier « plug and play » pour les protéger des tentatives d’intrusion mais aussi de vol de données. Notre objectif, c’est vraiment d’être le gardien du patrimoine numérique de la Côte-d’Or. C’est d’ores et déjà un vrai succès, puisque près de 200 communes nous ont déjà rejoint.
Comment le Département accompagne-t-il les fonctionnaires du territoire dans cette transition numérique ?
Nous allons aider à la formation des secrétaires de mairie et à la bonne utilisation des outils numériques. Grâce à ce cloud souverain, les communes auront accès au potentiel incroyable de l’intelligence artificielle, mais à travers nos propres algorithmes, avec des cas concrets comme le jumeau numérique terrestre, Côte-d’Or Map, en cours de développement.
En quoi consiste Côte-d’Or Street ?
Nous avons numérisé les 5 815 kilomètres de routes départementales avec une précision de l’ordre du centimètre. Cela nous permet de mieux prévoir l’usure du réseau, les mobilités et surtout d’optimiser les travaux et de mieux réagir face aux aléas climatiques. Et en septembre, nous lancerons donc Côte-d’Or Map, un jumeau numérique terrestre, en 3D, d’une précision supérieure à Google, un miroir digital du Département. Grâce à l’IA prédictive nous pourrons modéliser et simuler la propagation d’un feu de forêt, ou bien calculer l’orientation optimale d’un futur bâtiment public avec les données de Météo France. Il s’agit d’un véritable outil d’aide à la décision qui permet d’offrir aux élus un gain de temps considérable, une sécurité renforcée, et surtout un meilleur service rendu aux habitants.
Êtes-vous favorable à l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans ?
La priorité n’est pas d’interdire, mais de donner à nos jeunes les clés pour maîtriser les outils qu’ils ont entre leurs mains. La grande enquête que nous avons conduite auprès des collégiens de Côte-d’Or a indiqué que 84 % d’entre eux disent avoir confiance dans les contenus auxquels ils ont accès. Face aux fake news, deep fake et autres contenus créés par l’IA, il y a un important travail de prévention à faire pour leur apprendre à vérifier leurs sources et détecter les fausses informations. Et puis il y a le sujet du cyberharcèlement. Un élève sur cinq dit y avoir été confronté. Nous allons intensifier notre travail sur le sujet et cela fait partie des 21 actions proposées par les conseillers départementaux jeunes.
Vous pilotez le déploiement de la fibre. Qu’est-ce que cela représente pour le Département ?
Un chantier de 141 millions d’euros pour préparer notre territoire aux grandes transitions du numérique et de l’IA. C’est plus de 5 700 kilomètres de câbles optiques tirés et 80 000 prises créées dans 405 communes, rien que pour le réseau d’initiative publique qui était sous la responsabilité directe du Département. Ce déploiement passe aussi par le renforcement de l’accompagnement aux usages numériques. Il y a un vrai travail à faire sur ce point car plus de 40 % de la population est touchée par l’illectronisme. Le Département a notamment renforcé sa proximité avec 21 espaces numériques, sur l’ensemble de la Côte-d’Or.
En tant que Président de Départements de France, qu’attendez-vous de l’année électorale qui s’ouvre et qui nous emmènera jusqu’en 2027 ?
Il faut que chacun comprenne que nous sommes au bout du système et que l’on va droit dans le mur. Et les conséquences de cette situation impacteront directement les Français. J’en appelle à une véritable révolution territoriale et à une décentralisation au service du redressement de la France. La bureaucratie sclérosante essouffle les collectivités et bride leur agilité ! Confier des compétences sans moyen, c’est organiser une décentralisation sous tutelle. Cela n’a pas de sens. On ne gagnera pas la bataille du redressement de la France sans faire confiance aux départements et aux communes.
Texte : Alban Salmon
Photo : Edgar Charchaude