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COB 21 • Carburant : l’équation impossible des transporteurs, l’alerte de COB 21

Flambée des prix du carburant, décalage des indices, aides jugées insuffisantes… En Côte-d’Or, le transporteur COB 21 encaisse de plein fouet le choc énergétique. À Ouges, son co-gérant Julien Pinnert alerte sur une équation économique devenue intenable pour tout un secteur.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes et ils inquiètent. « À consommation égale, entre février et mars, nous avons payé 60 000 euros de carburant en plus. » Derrière ce constat, lancée en préambule par Julien Pinnert, co-gérant de COB 21, c’est toute une profession qui vacille sous le poids d’un choc énergétique brutal. Spécialiste du transport interrégional et du « dernier kilomètre », l’entreprise côte-d’orienne n’est pas un acteur marginal. Forte de plus de 110 collaborateurs, elle s’est construite, pas à pas, depuis la fin des années 1990, jusqu’à devenir un maillon solide du fret palettisé en France et en Europe. Mais aujourd’hui, même les structures les mieux organisées peinent à absorber l’onde de choc.

« À consommation égale, entre février et mars, nous avons payé 60 000 euros de carburant en plus. »

Julien Pinnert, co-gérant de COB 21

Une crise de plus

Covid, guerre en Ukraine, tensions au Moyen-Orient… Pour les transporteurs, la géopolitique n’est pas une abstraction. « Quand tu fais ce métier, ça fait partie de ton quotidien. On est les premiers impactés, donc on suit ça de très près », explique Julien Pinnert. Lorsque les tensions montent, les réflexes sont immédiats. « Quand j’ai vu ce qui se passait, j’ai rempli mes cuves. » Car le carburant n’est pas une charge parmi d’autres. Il représente environ 25 % du coût d’un transport. Une hausse brutale entraîne mécaniquement une explosion des prix… du moins en théorie. Dans la réalité, les transporteurs sont pris dans un étau bien connu du secteur : l’indexation sur l’indice du Comité National Routier (CNR). Un outil censé ajuster les tarifs en fonction du prix du carburant, mais avec un mois de décalage. Résultat : les entreprises paient leur gazole au prix fort, immédiatement, mais ne peuvent répercuter cette hausse que plus tard. Les marges se compressent, parfois jusqu’à disparaître. Ce décalage alimente aussi une incompréhension croissante avec les clients. « Beaucoup pensent qu’on abuse avec le carburant. Mais en réalité, c’est une hausse mécanique. » Entre réalité économique et perception, la défiance s’installe.

Des aides gouvernementales jugées insuffisantes et floues

Face à la flambée des prix, le gouvernement a annoncé une enveloppe de 50 millions, ce qui représente une remise de 20 centimes par litre pour les transporteurs, via un dispositif d’aide d’urgence. Une mesure accueillie fraîchement par la profession. « Ce n’est pas à la hauteur », tranche Julien Pinnert. D’autant que le dispositif reste conditionné à des critères encore flous. « On parle d’entreprises en difficulté, mais ça veut dire quoi concrètement ? » Pour les acteurs du secteur, l’urgence est ailleurs : une baisse immédiate à la pompe, massive et lisible, car la trésorerie, elle, ne fonctionne pas avec un mois de décalage.
Le paradoxe est cruel. Certaines entreprises affichent encore des résultats positifs. Mais à quel prix ? « On devrait vivre de notre exploitation. Avant, la vente de nos camions qui étaient amortis, c’était la cerise sur le gâteau. Maintenant, cela rentre directement dans notre résultat opérationnel pour finir juste à l’équilibre. » Derrière l’ironie de cette phrase, on remarque que les bénéfices ne viennent plus du cœur de métier, mais d’opérations exceptionnelles. Dans ce contexte, la transition énergétique ressemble à un horizon lointain. Sur le papier, les solutions existent : électrique, gaz naturel, biocarburants… Mais sur le terrain, elles se heurtent à une réalité économique implacable. Un camion électrique ? « Comptez 300 000 euros, contre 110 000 pour un thermique. » Même avec 60 000 euros d’aide, l’écart reste abyssal, sans compter les contraintes opérationnelles : autonomie réduite, temps de recharge, infrastructures à créer. « À chaque fois qu’on veut aller vers l’électrification, on est obligé de rebrousser chemin. Si c’est plus cher, les clients ne suivront pas. »
Le gaz naturel ? Moins polluant, mais indexé sur un marché tout aussi instable. Les alternatives comme l’Oleo100 ? Trop marginales, faute d’infrastructures. La transition est souhaitée, mais elle reste conditionnée à une équation simple : que quelqu’un accepte d’en payer le prix.
À ces difficultés s’ajoute une pression concurrentielle croissante, notamment avec les véhicules légers (VL). « La législation est beaucoup plus laxiste que pour les poids lourds. Résultat : concurrence déloyale et exploitation salariale. » Dans un secteur déjà sous tension, ces écarts de règles fragilisent encore davantage les acteurs structurés.

Un métier passion… sous pression

Malgré tout, Julien Pinnert ne se dérobe pas. Il reconnaît que les clients, eux aussi, subissent la crise. Mais il appelle à une prise de conscience collective. « On est le premier maillon de la chaîne. On veut faire évoluer les choses, être plus vertueux, améliorer les conditions de travail, mais on ne peut pas vendre à perte. » Le message est clair : sans rééquilibrage rapide, c’est toute la chaîne logistique qui risque de vaciller. « C’est l’un des plus beaux métiers, insiste-t-il. Mais il faut s’accrocher, car la réalité est violente. » Dans un secteur où chaque kilomètre compte, l’équation économique devient de plus en plus difficile à résoudre. Et pour des entreprises comme COB 21, l’urgence n’est plus seulement de s’adapter. Elle est de tenir.

COB 21
8, route de Chevigny à Ouges
03 80 68 80 31

Texte : Quentin Scavardo
Photo : Jonas Jacquel

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